• Marie Robert

Ceci n’est pas un lieu



C’est un battement du cœur. Le bruit de la tasse déposée sur le zinc. Le baiser tendre avant de franchir le seuil de l’école. La rumeur effervescente d’un restaurant en plein service. Les bavardages des salles de réunions. Le tintement des verres à l’apéritif. Les minutes suspendues dans les sièges rouges du cinéma. Le wagon bar d’un TGV. L’attente impatiente sur le quai du métro. Les longueurs à la piscine. La tradition du déjeuner dominical. Les émerveillements au musée. La queue distraite au supermarché. La promiscuité des bibliothèques. La douce odeur de ma mère. La tendresse de mon père. L’énergie de mon frère. La joie rieuse de mes équipes. La chaleur de mes amis. Et surtout, l’absence de peur. L’absence de ces pensées obsédantes à l’égard de ceux qui nous soignent et assurent la continuité de nos vies. L'absence d'angoisse pour ceux qui vivent des confinements arides. Soudain, tout le monde nous manque. L’univers et ceux qui le composent. Combien d’individus nous apparaissent indispensables ? Combien d’endroits deviennent nos essentiels ? Combien d’habitudes se sacralisent par leur disparition ? Mais dans cette épreuve singulière, peut-être que quelque chose est en train de naître au creux de nos ventres : l’amour. L'agapé universel de Platon. Loin d’être consommation, il s’agit de conscience. Pas celle, légère des individus qui se savent déjà chanceux. Plutôt celle qui s’imprime dans notre chair, qui renforce notre colonne vertébrale. L’amour de ceux qui égayent nos existences. L’amour de nos enseignants. L’amour de ceux qui nous servent. L’amour de ceux qui nous divertissent. L’amour de ceux qui nous nourrissent. L’amour de ceux qui nous protègent. L’amour de ceux qui nous aident. L’amour de ceux qui nous accompagnent. L’amour de tout ce qui ne doit jamais être considéré comme une évidence. Qui enroulerez-vous d’amour à l'issue de tout cela ? Qu’importe qu’il ne s’agisse que d’une prière, d’un rêve, d’un songe, d’une naïve espérance. Qu'importe que l'incertitude voile les projections. La pensée fait acte. La pensée conduit à l’action. Remplissons ce trou laissé béant par un ouragan d’amour. L’amour de nos amours.

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