• Marie Robert

Ceci n'est pas un fruit.

Ceci n’est pas un fruit. Je nourris une passion insatiable pour l’œuvre de la poétesse japonaise @ryokosekiguchi . Tout dans sa langue me caresse. Mais ce que je préfère, c’est sa capacité à me faire découvrir des concepts, qui une fois dévoilés me semblent si évidents, que je me demande comment j’ai pu vivre sans. C’est donc en la lisant que j’ai découvert le terme « shibumi ». A l’origine, le mot s’utilise pour décrire le goût acidulé, légèrement âcre, de ce drôle de fruit qu’est le kaki lorsqu’il est un peu vert. Il est cette saveur astringente, dont se souvient le palais. Mais dès le 17e siècle, le concept va se transformer et perdre sa connotation négative, pour conquérir d’autres sphères, en particulier celle de l’esthétique, pour se mettre à désigner une beauté subtile, une beauté pudique qui n’a rien d’ostentatoire, le genre de beauté qu’on ne remarque que si l’on s’arrête, que si l’on accepte d’ouvrir l’œil. Une forme d’élégance raffinée, qui n’a pas besoin d’excès pour briller, ni pour émouvoir. Un tissu bien coupé, un bouquet sobrement disposé, une décoration harmonieuse, etc., qu’importe le sujet pourvu qu’il soit une ode à la finesse, le refus du clinquant. En explorant la notion de « shibumi », je me suis demandée si au-delà du monde esthétique, nous ne pouvions pas nous en inspirer pour nos vies. Là où la « sobriété » semble parfois s’habiller de contraintes et d’austères résignations, le « shibumi » fait de la simplicité une justesse à viser, une abondance accessible. Que se passerait-il si nous arrivions à voir ce qu’il y a de sublime dans notre quotidien ? Comment se déroulerait nos journées si nous apprenions à faire l’éloge de cette mesure, qui n’est ni une privation, ni une décroissance funeste, mais une capacité à observer toute la noblesse qui nous entoure, et qui sans paillette, ni débauche, ni extravagance épuisante, nous ouvre les portes du contentement et de la sérénité. Je crois que plus que jamais nous avons besoin de « shibumi » et de faire de la réserve un territoire enviable. « Tant de mains pour transformer ce monde, et si peu de regards pour le contempler » - Gracq. Je vous souhaite une journée de délicatesse. #Bonjour


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