• Marie Robert

Ceci n’est pas un ego.


Ceci n’est pas un ego. Je me souviens d’une de mes toutes premières lectures philosophiques. J’étais en classe de première et il s’agissait des Essais de Montaigne. La langue était parfois troublante et ardue, mais à la minute où j’ai commencé à m’y plonger, j’ai su que quelque chose, dans sa manière de réfléchir, de regarder, d’interroger, me toucherait à jamais. Et comme la vie nous envoie souvent des cartes postales, hier, je suis tombée par hasard sur un article, ou Claude Romano, qui fut mon professeur, évoque sa passion pour Montaigne. Et en lisant son attachement, j’ai compris le mien. Montaigne ne cherche pas à parler du « moi », un « moi » figé qui manquerait de naturel, il ne cherche pas non plus à se peindre ou à parler de lui, il tente au contraire, de n’évoquer qu’une chose : c’est bien de l’homme en général. Et pour le faire, c’est alors qu’il parle de lui. Voilà pourquoi il est si interpellant, il fait du lecteur un ami, il lui soumet une réflexion pour l’inciter à faire la même chose. Dans sa démarche, il y a l’idée que chaque homme contient en lui tous les hommes. Nos misères, notre ridicule, nos peurs, nos bassesses, nos absences, nos éclats, nos rêves, sont singuliers, et pourtant, universels. Nous sommes reliés par ces multiples solidarités mystérieuses. Nous sommes tous des fragments d’Humanité. Et plus nous apprenons à les partager, plus nous nous sentons reliés. Je suis bouleversée par cette perspective. Claude Romano insiste : « C’est pourquoi Montaigne invente un nouveau genre, un nouveau style d’écrivain : le moraliste. Le moraliste est tout le contraire d’un prêcheur ou d’un moralisateur. Montaigne dit clairement qu’il n’a pas vocation à juger ses semblables, ni à édicter des règles. Il voudrait que le lecteur se regarde lui-même comme il regarde les autres, comme on épie son voisin, et même comme on contemple les choses, par exemple un arbre ». L’autre habite au cœur de nous-même. Quelle est cette particularité qui au fond de notre cœur fait de nous des êtres si liés ? Je vous souhaite de nous tendre la main. #Bonjour@philomag

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