• Marie Robert

Ceci n’est pas un décor



Que se passerait-il si notre rapport aux objets cessait d’être utilitaire ? Si soudain, nous les regardions non plus comme des outils destinés à une fonction, mais plutôt comme des présences sur lesquelles porter notre attention ? Que se passerait-il si nous faisions l’effort de les dessiner, de les observer, de se demander pourquoi ils remplissent notre vide ? Plus qu’un appel au tri à la Marie Kondo, c’est une écoute portée aux choses qui nous entourent, à ce qu’elles disent de nous. Ne pas vouloir agir, performer ou jeter, mais simplement, faire l’expérience métaphysique de nos intérieurs, de nos bibelots, de nos meubles, de nos vêtements. Interroger l’amour, l’ennui, le réconfort, la douleur, la joie, placés dans ce « matériel » qui n’est pas qu’une vaine consommation, mais qui est aussi un récit, un témoignage de vie. Engageons les enfants à prendre quelques instants pour expliquer pourquoi cette peluche n’est semblable à aucune autre. Appelons nos aînés pour les interroger sur leurs trésors qui ont survécu à l’épreuve du temps, et des déménagements. Pour ceux qui ont la chance de ne pas se sentir menacés chez eux, le philosophe Fabrice Midal nous incite, dans les temps vertigineux que nous traversons à « prendre place » dans nos appartements aussi petits soient-ils : « Souvent, dans nos existences surmenées, nous ne sommes que de passage chez nous. Pourtant, on ne peut pas habiter réellement un endroit si on le fait de façon mécanique, sans y réfléchir. Il faut y mettre du cœur. Le confinement n'est pas forcément un enfermement, mais une façon de revenir chez soi ». Alors peut-être que l’espace confiné deviendra un espace qui nous protège, pas forcément calme, ordonné ou exempt de tourments, mais un lieu pour accueillir ce que nous sommes.

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