• Marie Robert

Ceci n’est pas un débat.


Une rentrée le 12 Mai, comme c’est étrange. Lorsqu’on est dans l’enseignement, le rythme du corps s’aligne avec celui des différentes périodes. L’effervescence de septembre, la fatigue de novembre, l’agitation de décembre, la morosité de janvier, l’assurance du printemps, l’abandon heureux du mois de juin. Le calendrier intime se mêle au temps scolaire, à la fois fixe et fluctuant. Un cadre stable qui flirte sans cesse avec les imprévus. Ces milles secousses qui font la beauté de notre métier, les chagrins, les examens, les découvertes, les fêtes de fin d’année, et l’humain, si humain. Ce si fragile verni d’humanité que nous tenons au creux des mains. On enseigne à l’aune de ce que l’on est. On transmet avec ses doutes, avec sa chair, avec ses convictions. On se décourage, on désespère, et puis, soudain, chez un élève, on surprend, un éclat de joie, de réussite ou de confiance. Alors, tout s’éclaire, la force de vie s’enclenche et on est prêt à négocier n’importe quels virages, à lutter coûte que coûte contre toutes les prophéties. Une pratique aussi belle que singulière. Vendredi 13 mars, personne n’était prêt à cette funeste fermeture. Mon cœur s’est brisé en tournant la clé dans la porte. Mardi 12 Mai, personne n’est tout à fait prêt à cette réouverture entravée. Et pourtant, nous serons là. Comme toujours. Je pense de toutes mes forces aux enseignants qui hier, ont dû jongler avec quatre mètres carrés. Aux parents qui n’ont pas le choix. A ceux qui l’ont. A ceux qui ont adoré le confinement. A ceux qui en sortent exsangues. Aux enfants pour qui l’école est un salut. A mes équipes qui me bouleversent par leur engagement, leur détermination, leur fidélité, leur amour. A nous tous qui, ce matin, feront de notre mieux. Pour ma part, je donnerai tout ce qui est en mon pouvoir afin d’incarner la nuance entre la peur et la vigilance. Afin de soutenir comme une louve ceux qui sont à mes côtés. Afin de faire du savoir une joie qui dépasse les contextes. Et de la curiosité, la plus belle des insolences. Hauts les cœurs.Je vous souhaite une journée aussi douce que possible, quel que soit vos choix.

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