• Marie Robert

Ceci n’est pas un concours.


Ceci n’est pas un concours. Qu’est-ce que ça veut dire « aller bien » ? Qu’est-ce que ça raconte de nos vies lorsqu’on répond « ça va super et toi » ? Est-ce qu’on va « bien » parce qu’on a la chance d’avoir un toit au-dessus de notre tête, une sécurité sociale et une assiette pleine ? Est-ce qu’on va « bien » parce qu’on se sent aimé ou parce qu’on vient de faire un gâteau au chocolat en buvant un thé ? A l’inverse, est-ce qu’on va « mal » lorsqu’on est submergé par la somme de choses à faire ? Lorsque nos vacances à l’étranger ont été annulées ? Parce qu’on s’inquiète ou parce qu’on vient de perdre des clients dans un gros dossier ? A partir de combien de larmes par semaine doit-on juger qu’on est au fond du trou ? Et en vertu de combien de sourire on laisse la joie nous envahir ? C’est étrange comme il est délicat de répondre à ces questions. C’est curieux de voir à quel point nos réponses sont engluées dans nos représentations, héritières de notre éducation, de notre culture, de nos superstitions, de nos habitudes, de nos valeurs et de nos relations de pouvoir. Bien sûr, il y a des critères objectifs qui aident à se repérer, à alerter, à prévenir. Mais il y a aussi souvent en arrière-plan, l’idée d’une norme de bonheur, d’un graal joyeux qu’il faudrait viser et qui indiquerait qu’on a réussi sa vie. La santé mentale est devenue un enjeu majeur dans la compétition entre les individus, il faudrait arriver à s’imposer comme le plus sain, non seulement physiquement, mais aussi psychiquement. J’ai du mal avec cette approche. J’écris des livres dans lesquels les personnages ne vont pas toujours bien, ni toujours mal. Ils tanguent parce que qu’avouons-le, souvent la vie secoue. Parce qu’on ne sait pas toujours quoi faire avec nos morts, avec nos vivants, avec nos peurs, et nos désirs, avec notre haine et notre amour. Parce qu’être heureux ce n’est pas uniquement être stable, c’est aussi être tiraillé, rempli de chaos, de soirs de pluie et de matins enchantés. Laissons ouvert la porte du vivant, plus que la norme. Ni bien, ni mal, juste nous-mêmes. Je vous souhaite d’aller, c’est déjà pas mal. #Bonjour Credit : Peter Lindbergh.

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