• Marie Robert

Ceci n’est pas un combat.


Ceci n’est pas un combat. Combien de sacrifices pour notre carrière ? Combien de privations pour une taille en moins ? Combien d’heures de sueur au service de la performance ? Combien de larmes ravalées dans l’espérance de plaire ? Combien d’humiliations supportées sous couvert d’apprentissages ? Combien de douleurs valorisées au nom d’un prétendu courage ? Combien de « no pain no gain » pour faire taire nos corps ? Combien de drames pour forger les caractères ? C’est drôle, ce week-end, j’ai réalisé à quel point la dialectique de la souffrance m’insupportait. Je n’ai aucune fascination pour le mal salvateur. Je chéris l’exigence, la précision triomphante, la discipline consciente et la répétition qui nous ancre, mais je redoute plus que tout cette tendance qui nous engage à souffrir pour obtenir, à souffrir pour être beau, à souffrir pour gagner des rivages toujours plus illusoires. Lorsque je parle de nos écoles, on me rétorque souvent : « Mais quand même, en choyant autant les enfants, vous ne les préparez pas vraiment à la difficulté de la vie ! ». Par crainte de l’enfant roi, il faudrait bousculer nos élèves. Rendre leur quotidien aride afin qu’ils ne pensent surtout pas que l'existence est trop joyeuse, trop douce, trop enivrante, trop jolie. Notre mission serait de les endurcir, de les armer, de les entraîner à la lutte. Quelle curieuse vision. En guise de réponse je tente d’expliquer qu’au lieu de les préparer à la difficulté, nous les préparons à l’amour. Au laborieux amour de soi, des autres, des lendemains. Que nous posons un regard de confiance sur leur existence, et qu’il s’agit sans doute de la seule arme recevable. Avec un cœur ample et une confiance robuste, on est capable de tout. Il sera bien temps de supporter les déchirures, le goût métallique des larmes, les ouragans de peine, les torrents de trahisons. Je préfère les faire grandir dans un autre monde. Celui où la douceur appelle la douceur. Car ce qui ne nous tue pas rend plus fort, mais cela nous abîme, et je vous souhaite de ne jamais vous laisser endommager. #Bonjour

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