• Marie Robert

Ceci n’est pas un châtiment.


Ceci n’est pas un châtiment. « Qu’est-ce que l’homme ? Vase fragile et sans consistance, il ne faut qu’une faible secousse, et non une grande tempête, pour te briser ; le plus léger choc va te dissoudre. Qu’est-ce que l’homme ? Corps débile et frêle, nu sans défense naturelle, incapable de se passer du secours d’autrui, en butte à tous les outrages du sort ; qui, après qu’il a glorieusement exercé ses muscles devient la pâture de la première bête féroce, la victime du moindre ennemi ; brillant par ces traits extérieurs, pétri au-dedans de faiblesse et d’infirmité » - Sénèque. La première fois que j’ai lu ces mots j’étais en classe de seconde, ils étaient inscrits à côté d’une reproduction de gravure, dans mon manuel de français. J’avais 15 ans à peine et déjà la conscience de l’immense éphèmérité de notre vie. J’étais terrifiée à l’idée non pas de ma propre mort, mais de celle de mes proches adorés. Je me souviens qu’une de mes amies avait un lapin et que je pouvais passer des heures à regarder son flanc se soulever au rythme de ses respirations. Je plaçais ma main sur sa peau fine et délicate, et je me disais que nous étions comme lui, soumis à cette invraisemblable fragilité du vivant. Vingt ans plus tard, mon état est le même, mes angoisses aussi. Mais aussi durs soient-ils, je n’ai jamais été choquées par les termes de Sénèque. Au contraire, cette conscience de notre perte, de nos gouffres, de nos défaillances, de notre immense vulnérabilité, me bouleverse, car nous n’avons pas d’autres choix que l’accepter. « La fin est dans le commencement et pourtant on continue » dit Beckett dans Fin de partie. Et c’est sans doute parce qu’on continue, qu’on triomphe chaque jour, même lorsque le ciel nous semble bas, même lorsqu’on se sent démuni et fatigué. Nous avons la puissance de continuer, et de nous tourner vers l’irrépressible courage qui exige de poursuivre l’histoire même si on en connait la fin. Ce n’est pas une acceptation triste, pas une insécurité morbide, c’est un ouragan de force, un appel à écrire des chapitres nourrit de joie, d’amour, de tendresse. Je vous souhaite la douceur d’une caresse sur le flanc d’un petit lapin. #Bonjour Credit : detoxlife

21 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout