• Marie Robert

Ceci n’est pas un calendrier.


Ceci n’est pas un calendrier. Samedi 28 août. Déjà ou seulement. Je ne sais pas. Je n’arrive plus à prendre la mesure du temps. Partout les retours, et le spectre de la reprise. L’agenda se noircit, se segmente, pour les plus organisés, les couleurs catégorisent les activités. On cloisonne, on note, on marque pour ne pas se faire happer par l’horloge. Or, parmi toutes les dimensions qui me fascinent dans la langue grecque, il y en a une qui me touche plus encore que les autres. C’est justement ce curieux rapport au temps, que décrit si bien Andrea Marcolongo. Les grecs de l’Antiquité ne se préoccupent pas du temps. Ils sont indifférents à ce temps des montres, ce temps dévastateur. Cette prison pour nos esprits qui ne cessent de s’essouffler entre un passé nostalgique, un présent débordé, un futur effrayant. Les grecs ne se posent pas la question du « quand », car ils lui préfèrent celle du « comment ». L’interrogation se métamorphose, elle conquière un nouveau territoire. Comment adviennent les choses ? On ne cherche pas à connaitre l’heure, la date, ni aucune autre ligne de démarcation temporelle, mais plutôt, le déroulement de ce qu’il s’est passé. « L’aspect » est une catégorie singulière de la langue grecque. Elle engage à considérer la qualité de l’action, à affiner notre regard, à préciser les contours, et au bout du compte, à définir l’être. Comment les évènements nous traversent ? L’enjeu n’est pas la durée, l’enjeu est la transformation. Que se passerait-il si nous demandions, non pas : « Combien de temps es-tu resté avec telle personne ? », mais « Comment cette relation t’a transformée ? ». Nous ne sommes que des commencements et des fins et entre les deux, de l’être. Le schéma passé-présent-futur, fige des souvenirs, des faits, des gestes, alors que nous sommes sans cesse en mouvement. Combien de choses passées nous habitent ? Combien de projections futures envahissent notre présent ? Combien de volontés qui en fait ne se réalisent pas ? Et si nous quittions le temps des horloges pour nous ouvrir à celui du récit ? Je vous souhaite une journée sans agenda. #Bonjour

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