• Marie Robert

Ceci n’est pas un bon calcul.


« Avoir moins que les autres », l’ultime angoisse des fratries. Moins d’attention. Moins de reconnaissance. Moins d’argent. Moins de gâteau au chocolat. Combien d’entre nous tiennent ou subissent ces comptabilités familiales ? On établit des dettes symboliques pour justifier aux yeux des autres l’urgence d’un rééquilibrage. Mais tenir ce livre de comptes est-il viable et surtout réaliste ? Qu’est-ce qui se joue à travers ce sentiment d’injustice ? Quelles sont ces peurs qui viennent s’infiltrer dans les liens, avant de les détruire ? Ce qui s’exprime dans les jalousies fraternelles est peut-être l’angoisse existentielle de ne pas avoir sa place. La famille devient la métaphore du reste du monde et les enjeux matériels symbolisent l’insupportable crainte de ne pas être aimé comme les autres, ou du moins, pas autant que les autres. Parfois, l’injustice parentale existe réellement, elle n’est pas qu’illusion. Elle suppose un douloureux cheminement pour dissoudre la souffrance. Mais dans nombreux cas, notre jalousie ne regarde que nous. Elle est le fruit d’un récit que nous faisons sur notre propre personne. Notre mal-être ou notre absence de confiance, nous engage à percevoir la part de gâteau moins grande que celle de notre sœur. Ces additions épuisantes, nous laisse un goût amer, une frustration impossible à combler, une légitimité inatteignable. Alors peut-être est-il temps de clôturer définitivement l’exercice comptable, de saisir que chaque relation est singulière et qu’un enfant arrive dans un contexte qui n’appartient qu’à lui seul. Notre rôle dans la famille est incomparable à celui des autres et plus encore, notre place est celle que nous décidons de nous faire. S’affranchir de nos jalousies est une manière de retrouver notre espace, libéré de ces tensions vénéneuses et ouvert à des relations d’adultes où l’amour remplace les comptes. L’autre ne nous prend rien lorsque nous décidons de donner. Je vous souhaite une journée où les parts de gâteaux se partagent et où les mains se tendent.

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