• Marie Robert

Ceci n’est pas un bagage en soute.


Ceci n’est pas un bagage en soute. Je patiente sur le quai. Il y a tout autour des centaines de personnes qui s’invitent à mes côtés. Comme moi, ils attendent. Certains pour partir, d’autres pour revenir ou pour retrouver. Mais quelle que soit leur situation, ils ont tous un point commun : ils sont chargés de sacs et de valises. Or, faire une valise n’a rien d’évident. Que mettre dedans ? Alors bien entendu, à l’image du reste de nos existences, on peut procéder par choix rationnels. Si on séjourne au chaud, il est raisonnable de considérer que quatre t-shirts, un short, deux maillots, un chapeau et des espadrilles suffisent largement. La détente suppose que le corps soit libéré des contraintes textiles. C’est sans doute le cas. Sauf que rapidement s’ajoute aux essentiels, la longue liste des à côté. Cette robe achetée en 1998, un peu trop festive pour être portée le reste de l’année, mais qu’on aime enfiler pour une soirée. Ce petit pull en coton léger, « au cas où » soudainement, les températures envisageraient de chuter. Ou encore, ce chemisier, tellement facile, à porter qu’il serait dommage de s’en priver. De fils en tissus, on se charge, on s’encombre, s’apercevant un peu trop tard, que la valise est trop pleine, et qu’il faut à nouveau soustraire et renoncer. C’est ici que l’affaire prend de l’épaisseur. Une valise nous impose des micros-décisions qui renvoient à nos besoins et à nos usages. Ce ne sont pas des grands bouleversements, c’est une fine observation qui demande de la lucidité sur notre personne. Allons-nous vraiment enfiler ce pantalon à pont ? Oserons-nous nous affranchir des regards dans cette mini en macramé ? Qu’allons-nous oublier au risque de nous frustrer ? Cette contrainte de valise devient l’occasion de vivre une expérience intime. Et le plus touchant dans tout cela, c’est qu’il n’y a pas de valise parfaite, idéale, irréprochable. Il y a toujours du manquant, du trop, du modifiable. Mais malgré tous les malgré, on jouit du temps en dehors de nos maisons, car aucune décision n’est irréparable, chacune nous aide simplement à user d’un peu plus d’écoute et de confiance. Je vous souhaite de boucler vos bagages. #Bonjour

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