• Marie Robert

Ceci n’est pas un adieu.


Ceci n’est pas un adieu. Il y a cette lumière dans le ciel qui surgit un peu plus tard que d’habitude. Ce n’est rien. C’est, trois fois rien. C’est à peine perceptible. C’est tout juste si les écureuils s’en aperçoivent. Et pourtant, c’est un signe. Ou plutôt un signal que quelque chose est en train de changer. C’est l’idée contenue dans le terme japonais « nagori ». Littéralement, « nagori » désigne « l’empreinte des vagues ». Il suffit de regarder l’océan pour comprendre. Le sable se gorge d’eau, la mousse envahit chaque grain, et quelques secondes plus tard, on fait face à sa disparition. « Nagori » porte en lui cette présence qui devient absence. C’est la nostalgie de la séparation, la nostalgie d’une saison qu’on laisse partir à regret. C’est le départ imminent des fruits rouges, des terrasses, de la peau libre de tissu. C’est l’amour de vacances qu’on ne retrouvera que l’année prochaine. C’est une curieuse émotion que nous sommes nombreux à ressentir ces derniers temps. On se laisse aller à nos « nagori », on se laisse happer par tout ce qui vient de nous quitter. Comme je comprends et comme c’est tentant. Nous avons au sein de notre cœur un mécanisme qui nous pousse à faire l’état des lieux de nos pertes. Nous comptons nos cheveux blancs, nous gémissons en évoquant notre adolescence, et nos yeux se mouillent face aux photos de nos enfants devenus grands. Même l’année scolaire paraît plus douce lorsqu’en juin, elle s’enfuit. Alors, bien sûr, je contemple avec tendresse ce « nagori », mais quelque chose m’interpelle. Je crois qu’aussi légitime soit cette mélancolie de l’adieu, il ne faut pas qu’elle masque l’ivresse de l’accueil. Car avant de disparaitre, la vague est là, elle est bien là, savons-nous la voir ? Savons-nous la savourer ? Combien de fois avons-nous espéré que tout passe vite ? Combien de fois avons-nous mangé des fraises sans réellement les déguster ? A combien de reprises les nuits sans sommeil d’un nourrisson nous ont exaspéré ? Chaque chose, chaque fragment, contient son possible « nagori ». Peut-être est-il temps de souhaiter la bienvenue à ce qui vient. Je vous souhaite de soigner vos futurs nagori. #Bonjour Credit : ?

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