• Marie Robert

Ceci n’est pas tout à fait identique



Il existe un curieux terme, que l’on trouve dans la philosophie du danois Søren Kierkegaard, c’est le mot : « Gjentagelse ». Tenter de le prononcer est déjà un exploit philosophique, mais ce qu’il désigne nécessite encore plus de subtilité. « Gjentagelse » est un concept central de sa pensée, pourtant le traduire est un gage. Le terme, formé à partir du préfixe « gjen » qui signifie « de nouveau » et du verbe « attage » qui veut dire « prendre », peut être résumé par l’idée de répétition. Il est question de recommencer quelque chose qu’on avait arrêté. Dans la vie de Kierkegaard, il renvoie à la reprise de sa relation amoureuse avec sa fiancée Regine Olsen, alors qu’ils avaient cessé de se voir. Mais si le gjentagelse incarne bien une forme de répétition, il ne s’agit pas pour autant de faire exactement la même chose. Car le mot désigne la modalité inédite sous laquelle la chose resurgit. On a donc ici affaire à un second commencement. L’enjeu est de faire pareil mais autrement ! Répéter en ajustant, en faisant les variations qu’il faut pour que ça change. C’est une sorte de perfectionnement, mais c’est aussi la possibilité, chaque jour, de voir l’inédit de nos vies. Chercher la nouveauté, ce n’est pas courir après l’inconnu, c’est parfois être capable d’une infime transformation. Juste quelques millimètres d’écart qui apportent une nouvelle lumière sur une situation. C’est la liberté de ne pas se sentir figé, ni dans son corps, ni dans sa vie. Nos matins contiennent à chaque aube la possibilité d’un recommencement qui, cette fois-ci, nous rendra heureux. Bon lundi !

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