• Marie Robert

Ceci n’est pas similaire.


Ceci n’est pas similaire. Il y a quelque chose d’assez fascinant dans la vie, quelque chose que l’on sait et qui pourtant interpelle à chaque fois qu’on y est confronté : il s’agit de nos différences de sensibilité émotionnelle. Nous connaissons tous des gens qui dans un texto peinent à écrire « bises », tandis que d’autres terminent par des ouragans d’émoticônes. Nous avons tous été confrontés à des profs ou à des collaborateurs, exprimant leur satisfaction par un laconique : « c’est pas mal » quand d’autres à l’inverse nous couvraient d’éloges. Et c’est ainsi dans tous les domaines de la vie, dans l’intimité comme dans le professionnel. Qu’on appartienne au clan des expressifs, ceux qui déploient leur cœur à chaque pas, ou qu’on s’enroule d’une pudeur discrète, la perception du gouffre est la même, les uns sont heurtés par la froideur, les autres dépassés par l’excès de témoignages, et chacun se vexe de ne pas trouver, chez autrui, la réaction qu’il attend. Je fais partie, on s’en doutera, de la tribu de ceux dont les émotions débordent. Je suis toujours paralysée par les gens réservés qui me font sentir immédiatement fautive, comme si je n’étais pas assez pour qu’ils me montrent leur affection. Je trébuche, je patauge, je me braque, me sentant maladroite, malhabile, lourde de mots et de palpitations. C’est en observant les enfants que j’ai fini par saisir combien nos schémas intimes ne sont pas identiques, combien la culture, la neurologie, le métabolisme, l’éducation, interviennent dans nos expressions. Il est précieux de rappeler que nos échelles émotionnelles ne sont jamais les mêmes. Que certains oscillent entre un + 1 et un - 1, quand d’autres se situent entre un + 80 et un -70. Nos amplitudes ne sont pas similaires. Nos variations ne renvoient pas au même état du monde. Nous le savons, mais le redire est une manière de nous protéger les uns et les autres. Ne demandons pas à un pudique taiseux de nous faire des déclarations enflammées, et n’attendons pas d’un émotif qu'il retienne ses larmes ou qu’il modère sa joie. Apprenons nos grammaires individuelles. C’est à ce prix que naît l’harmonie. Je vous souhaite une journée de compréhension. #Bonjour

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