• Marie Robert

Ceci n’est pas seulement gênant



C’est aussi kitsch. Dérivé du verbe « kitschen », qui signifie en allemand « ramasser des déchets dans la rue pour les revendre », le kitsch est apparu en 1875 dans les milieux artistiques munichois pour signifier une image de qualité médiocre. Il substitue à la notion d’œuvre celle d’objet. Bon marché mais flatteur pour son acheteur, il appartient à ce que Hannah Arendt appelle la « culture de masse ». On expose l’objet kitsch fièrement, tout en assumant le fait qu’il n’est qu’une pâle copie de ce qu’il représente. Parce qu’il choisit le toc plutôt que le vrai, le kitsch transforme le monde en décor. Avec lui, une copie de paysage suffit au bonheur. Quoique déprécié par les critiques d’art, cet objet tape-à-l’œil a néanmoins été réhabilité par la haute société. Umberto Eco remarque que le banquier new-yorkais ou l’artiste peuvent aimer les nains en plastique inspirés de Walt Disney, car ils jugent leur laideur tellement intéressante qu’elle en devient délicieusement exposable. Pour une classe sociale aisée et « savante » qui décline ses amusements, non sans mépris, l’objet kitsch reste de mauvais goût, mais, « sous contrôle », il devient drôle. Le plaisir qu’il suscite n’est pas transgressif. Il est provoqué par le ridicule de l’objet, aimé pour son ridicule même. De quoi voir autrement ce qui nous met mal à l’aise.

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