• Marie Robert

Ceci n’est pas qu'un planning.


Ceci n’est pas qu'un planning. Je ne sais pas si vous avez déjà vécu ce genre de scène. Un jeune enfant marche à côté de ses parents lors d’une promenade, douce et mélancolique, comme le sont les balades du dimanche. Et puis soudain, alors que les adultes discutent sans vraiment lui prêter attention, il se met à déambuler d’une curieuse manière, semblable à un pantin désarticulé, il mime des personnages connus de lui seul et s’agite comme si un esprit avait pris possession de ses pas. Son attitude contraste avec la sérénité ambiante. Il brise l’atmosphère placide des jours de repos. Il se laisse envahir par un besoin irrépressible d’égarement. Il est pris dans son spectacle ne cherchant aucun autre spectateur que lui-même. Je crois qu’au fond, nous ressemblons souvent, à cet enfant. Dans la monotonie du quotidien, dans le confort enviable de nos habitudes, nous sommes parfois prêts à tout pour qu’il se passe quelque chose et que l’histoire ne soit pas déjà racontée. Prêt à tout pour nous égarer et laisser un fusible disjoncter nos prévisions, nos déroulés limpides, nos labeurs bien orchestrés, nos heures passées devant l’écran, nos charges oppressantes, bien que tant aimées. Ce n’est pas qu’un caprice d’enfant choyé, c’est aussi une minute qui nous rappelle que notre existence n’est pas figée, qu’elle n’est pas qu’un tunnel à l’issue inévitable, ni un placard bien ordonné. Un coup de folie, nous nous mettons en quête de cet instant d’absurdité, d’extravagance, de frénésie. Un fragment de démence, de légère imprudence, d’incongruité. Ecouter la musique trop fort. Appuyer sur l’accélérateur. Fuguer quelques heures. Danser seul dans son salon. Provoquer pour le plaisir qu’on nous réponde. Envoyer un texto inattendu. Aller au bout de la ligne. Faire un geste de trop. Tourner à gauche au lieu de la droite. Rendre la rencontre fortuite. Vriller pour mieux revenir. Et repenser à ces mots de Jon Kalman Stefansson : « l'enfer, c'est d'être mort et de prendre conscience que vous n'avez pas accordé assez d'attention à la vie à l'époque où vous en aviez la possibilité » - Stefansson. Je vous souhaite une promenade ou le paisible laisse parfois place au bruit. #Bonjour

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