• Marie Robert

Ceci n’est pas qu’un paysage.


Ceci n’est pas qu’un paysage. C’est ardu de parler de la nature. J’ai toujours l’impression que mes mots ne seront pas à la hauteur. Qu’ils ne seront pas capables de rejoindre la cime des arbres, de décrire le flux des vagues, de traduire l’odeur puissante des fougères au petit matin. Il y a quelque chose d’absurde dans le fait de vouloir l’enfermer dans des phrases, comme si nous étions déjà en train de contempler des ruines, de philosopher sur leur absence à venir. Je suis une citadine, j’ai grandi avec des cafés en guise de champs de blé et j’ai fait plus de guirlandes en tickets de métro que de guirlandes de fleurs. Malgré tout, d’aussi loin que je m’en souvienne, tous mes souvenirs concernent la nature. Les grands chênes des rues parisiennes, les pelouses des pique-niques le week-end, les palmiers de la Côte d’Azur, les embruns de l’Atlantique, les pieds trempés dans les ruisseaux glacés, l’odeur épaisse des kakis au Moyen-Orient, la floraison du colza à la fin d’avril, etc., toute ma mémoire est un territoire dédié à la nature. Mais peut-être est-ce précisément parce que la nature, plus que n’importe quelle autre expérience, fait viscéralement appel à nos sens. Elle vient nous cueillir au cœur de nos perceptions. « Nous considérons que nous sommes des êtres rationnels, pensants et parlants, et pourtant, pour nous, vivre signifie avant toutes choses regarder, goûter, toucher ou sentir le monde » écrit Emanuele Coccia. Que nous restera-t-il à ressentir si la nature disparaît ? Si nous nous laissons totalement happer par le virtuel ? Est-ce que produire des images de nature suffira à stimuler notre sensibilité ? De quelle « matière » seront fait les souvenirs de nos enfants ? Se poser ces questions n’est pas une façon de moraliser qui que ce soit, ni d’infliger à ceux qui me lisent une décharge d’anxiété, mais plutôt de saisir que le sens que nous cherchons tant ne peut faire l’économie des sens et de la nature qui les met en mouvement. Je vous souhaite une journée au grand air. (Mon prochain parcours des Mardis de Marie porte sur la philo de la nature et de l’environnement, inscription en bio). #Bonjour @lisa_sorgini

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