• Marie Robert

Ceci n’est pas qu’un parfum



C’est une expérience. Quelle est l’odeur de notre vécu ? Et celle de nos souvenirs ? La senteur des cyprès et des lauriers en fleurs, chauffés par le soleil, dès qu’on franchit les portes du Sud. Les confins d’une peau habitée par les errances de la journée. Les effluves de l’herbe après la pluie. Le réconfort du linge à la sortie de la machine. Cartographie sensorielle, si singulière. On passe d’une odeur à une autre, on n’en perçoit pas deux à la fois. On se concentre sur une odeur en faisant abstraction des autres sens, comme si elle exigeait de nous un instant d’exclusivité. Elle a des composantes précises, qu’on peut jouer à identifier, mais ce qui compte, c’est son unité. Les odeurs nous touchent en profondeur, car elles pénètrent celui qui les sent. Il est difficile de ne pas les percevoir, de les mettre à l’écart. Elles ont une sorte d’efficacité invasive. Une présence qui impose et qui s’impose. Une sensualité terrestre qui nous ramène à l’ici et maintenant. L’odeur nous engage, nous positionne, nous incite à des attitudes de plaisir ou de dégoût. Plonger son nez dans un cou ou se détourner d’un espace. En somme, explorer les odeurs de notre existence, s’arrêter sur ces expériences qui constituent notre vie, c’est comprendre que celle-ci n’est pas qu’un monde d’objets, mais une collection d’atmosphères. Invisibles et précieuses. Précieuses parce qu’invisibles.

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