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  • Marie Robert

Ceci n'est pas qu'un biberon.

Ceci n’est pas qu’un biberon. C’est étrange d’observer un bébé qui commence à avoir faim. La bouche se met en mouvement, les lèvres tremblent d’impatience, et puis peu à peu, quelque chose de dévorant envahit le corps. Le besoin de remplir son ventre devient si grand, que plus rien ne compte. Les yeux ne peuvent fixer que l’objet du désir. En un éclair, l’urgence submerge par sa prodigieuse intensité : il faut absolument manger. Cette évidence que connaissent les jeunes enfants, nous la perdons souvent à l’âge adulte. La plupart du temps, nous mangeons sans faim, nous mangeons sans y penser, nous mangeons par habitude, par réconfort ou par ennui, etc., et même si s’alimenter demeure un immense privilège, nous perdons de vue l’enjeu que cela représente, à savoir l’élan vital contenu dans la faim. Il n’y a pas longtemps, j’ai lu que le peuple des Baining en Papouasie-Nouvelle-Guinée, considéraient qu’il y avait un lien étroit entre la faim physique et le désir d’être au centre de l’attention. Ainsi le mot « faim », qui se dit « anaingi », désigne à la fois le ventre qui gargouille et la peur d’être abandonné. Dans une société où la nourriture est un lien fondamental entre les individus, parce que les Baining ne mangent qu’en groupe, « avoir faim », c’est donc se sentir seul et laissé de côté. Cette manière métaphorique de considérer l’appétit m’a marquée, j’ai trouvé qu’il y avait là quelque chose de captivant. Interroger sa faim, questionner son animalité, c’est assumer un besoin vital. Mais si nous avons tout, si nous mangeons sans faim, comment alors percevoir nos besoins ? Quand j’étais au Lycée je faisais tout le temps le trajet en métro avec un garçon qui disait qu’il avait « la dalle », la faim de savoir, de réussite, d’argent, de vacances, de séduction, de cinéma, de fête…etc. Chaque jour, il avait faim d’une nouvelle chose, faim de ce qu’il n’avait pas, et il faisait tout pour être satisfait. Il redoublait d’ingéniosité et de détermination. Ça m’amusait d’assister à cela. Mais aujourd’hui, je repense à l’importance de son appétit. Je vous souhaite d’être avide de vie. #Bonjour


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