• Marie Robert

Ceci n’est pas poussière.


Hier, un petit garçon m’a demandé comment c’était « avant ». J’ai mis quelques instants à saisir à quoi renvoyait ce terme dont nous avons tant abusé ces derniers mois. Un peu hésitante, j’ai fini par poser la question : « Mais avant quoi ? ». Je n’ai pas tout à fait saisi la teneur de la réponse, mais je crois que l’ambition était de savoir à quoi ressemblait le monde lorsque j’étais moi-même enfant et adolescente. J’ai bredouillé une phrase fantôme. Mais en rentrant, l’émotion ne m’a pas quitté. Comment réussir à décrire ce qui n’appartient qu’aux cabinets de curiosité que sont nos mémoires ? Les éléments me semblent si lointains que je trébuche à les dire. Chaque génération porte en elle un monde englouti, un univers qu’on ressuscite par des mots murmurés, comme autant de sésames pour ouvrir nos consciences. Un lien secret unissant des individus qui n’ont rien en commun, mais qui pourtant partagent ce fil invisible. Alors, oui, bien sûr, je pourrais lui raconter ce que c’est que de faire des play-lists en gravant des cds. De connaitre par cœur les paroles de Britney Spears, d’IAM et les répliques de la Cité de la peur. Je pourrais tenter d’expliquer ce que c’est de jouer à Space Invaders, de téléphoner avec un Nokia 3310 et de boire des cafés à 10 francs. Je pourrais aussi lui décrire ce que c’est de grandir dans un perpétuel plan vigipirate et d’avoir des dates d’attentats gravées dans la chair. Est-ce que cela serait suffisant ? Ces récits appartiennent à des vestiges qui n’ont de sens que dans nos mémoires collectives, ils ne résonnent que pour une poignée d’individus ayant vécus dans le même lieu à peu près au même moment. Le plus essentiel à transmettre je crois, ce n’est pas la nostalgie d’une époque révolue, c’est plutôt l’idée que la vie est une transformation permanente, une mutation constante, qui n’est ni bien ni mal, mais qui est simplement soumise à ce que l’on décide d’en faire. Au fond, j’espère que cet enfant saura chérir son maintenant, en prendre soin, et le partager avec tous ceux qui comme lui, se souviendront un jour de leur monde d’avant. Je vous souhaite une journée aussi palpitante qu’un clip d’MTV.


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