• Marie Robert

Ceci n’est pas obligé.


Ceci n’est pas obligé. C’est quand même drôle d’observer à quel point on peut s’habituer à des choses qui ne nous font aucun bien. C’est un téléphone portable qu’on saisit chaque soir, sachant pourtant combien les mails peuvent nous oppresser. C’est une amitié qui nous éreinte, mais qu’on continue à entretenir. C’est de la caféine dont on se perfuse, faisant semblant d’ignorer qu’elle nous empêche de dormir. Je pourrais continuer la liste encore longtemps, certains éléments seraient plus graves que d’autres, et certaines briques, sans doute, plus faciles à casser. Mais au fond, quelle que soit la pratique qui nous use, le questionnement est le même : pourquoi se fait-on du mal ? Pourquoi continuons-nous sciemment à nous abîmer ? Et jusqu’ou ? Un jour, j’étais dans un cours de yoga, au début de la séance l’enseignante a demandé si nous avions des douleurs, un homme a levé la main pour indiquer qu’il souffrait du genou, et lorsque la prof insista pour savoir si cela faisait longtemps, il répondit comme une absolue normalité : « oui depuis quinze ans ». Je crois que cette phrase n’a jamais cessé de me hanter, je l’ai retourné mille fois dans ma tête, sans jugement, ni mépris, car je sais combien nous avons tous nos propres douleurs aux genoux dont nous refusons de nous défaire tant elles appartiennent à notre identité. Nous ne sommes ni inconscients, ni idiots. Nous ne manquons pas d’outils, ni même de volonté. Mais peut-être simplement que nous avons peur, que nous sommes paralysés à l’idée de ne plus nous reconnaître si cette douleur disparaît, si le téléphone se pose, si l’ami s’oublie, si la tisane remplace le thé. Que va-t-on devenir si on change ? Et surtout, qui va-t-on devenir si on renonce à nos souffrances et à tout ce qui nous nuit ? Peut-être faut-il regarder chacun de nos gestes et se demander ceux qu’ils racontent de nous, et si l’histoire ne pourrait pas être autre. C’est long et inconfortable, pourtant, c’est aussi à ce prix qu’on renoue avec la lumière et l’amour que méritent nos corps, nos esprits et nos vies. Je vous souhaite de soigner vos articulations. #Bonjour

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