• Marie Robert

Ceci n’est pas mesurable



Il est curieux ce terme, rentré comme par effraction, au cœur de nos vies : « distanciation sociale ». S’éloigner pour mieux chérir. Respecter l’écart qui permet de ne pas mettre l’autre en danger. Une curiosité, devenue une habitude désormais familière. Une somme de centimètres pour nous préserver. Les réflexes se déconstruisent. Les files s’allongent dans les magasins comme des pointillés. Initialement, le terme de distance sociale appartient au domaine de la psychologie, il sert à désigner la place plus ou moins proche qu’une personne occupe dans notre esprit. Il dissout la géographie pour ne considérer que les affects. C’est une grand-mère décédée qui nous semble pourtant plus présente que notre voisin de palier. C’est un ami à l’étranger avec qui l’on ne cesse d’échanger. C’est un ex-amoureux qui vient nous hanter. Comment se compose notre géographie personnelle en ces temps confinés ? Comment le passé, les souvenirs, les fantômes, viennent flirter avec les désirs, les attendus, et les espérés ? Et si nous prenions le temps de dessiner notre cartographie ? D’identifier où se situent nos différentes relations ? Alors peut-être que l’on se rendrait compte, que l’esprit lui, jamais ne se confine, et que les distances ne sont rien à l’aune de nos émotions et de l’amour qui leur donne vie. Une douce journée à tous ceux qui nous sont proches malgré tous les malgré.

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