• Marie Robert

Ceci n’est pas le seul refrain possible.


Ceci n’est pas le seul refrain possible. « Reste calme, ça va aller ! ». Il y a cette idée qui rôde, celle qui nous engage à rester serein, à être zen, alors que tout autour de nous n’est que confusion, incertitude, oscillations. On l’exige même des enfants, s’étonnant qu’au bout d’une semaine de classe, ils ne soient pas au garde à vous. Etre quelqu’un d’honorable reviendrait à accepter les aléas et en caresser les contours, même ceux les plus tranchants. On s’obsède, on cloisonne nos émotions. Mais l’idée d’une injonction à la détente, aussi douce soit-elle, n’est-elle pas un paradoxe ? Rien d’autre qu’une énième contrainte aliénante ? Etrange obligation qui semble savoir ce qu’est « notre bien », sans prendre la mesure qu’une éthique dénuée de sens intime ressemble à un ordre. Cela ne signifie pas que l’agitation ait plus de valeur, encore moins qu’il faille louer la colère si destructrice, mais plutôt de réfléchir à ce que nous nous imposons. A cette illusion de bien-être, je préfère, je crois, l’observation de nos tensions. Celles qui nous agitent certes, mais celles qui nous poussent aussi à nous libérer des schémas abusifs, des relations toxiques, à dénoncer les injustices. Celles qui allongent notre corps lorsque nos muscles se contractent et bâtissent notre force, avant de nous offrir le relâchement. Celles qui nous électrisent et nous donnent le courage de déplacer des montagnes. Celles qui nous sortent de notre condition en soulignant l’inacceptable. Celles qui nous ressemblent et qu’on fait vivre comme on peut. Le calme ne doit pas être une entrave au vivant, mais l’expression d’un tumulte auquel nous savons répondre. « Philosopher, c'est se comporter vis-à-vis de l'univers comme si rien n'allait de soi » - Vladimir Jankélévitch. Je vous souhaite une journée de jaillissements. #Bonjour

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