• Marie Robert

Ceci n’est pas la fashion week.


En débardeur. En mini-short. En brassière. En jogging Lacoste. En sweat de métalleux. En trench doublé. En Doc Martens vegan. En normcore. En cropped top. En legging à paillettes. En survet Tacchini. En uniforme. En jean troué ou en maillot de basket. Qu’importe la tenue pourvu qu’il y ait la tête. J’enseigne depuis plus dix ans maintenant et la seule indécence que je connaissance est celle qui oublie que l’exigence est l’unique habit sur lequel nous devrions nous entendre. Les codes s’apprennent et se détournent. Les modes passent et s’ironisent. Mais ce qui perdure, ce qui fait grandir, ce qui nous enracine et allonge notre colonne vertébrale, c’est cette histoire de la pensée qui nous précède et qui nous survivra. Ma pratique consiste à montrer l’urgence qu’il y a à lire Kant, Nietzsche et Spinoza. Et à démontrer pourquoi raisonner rend libre. Alors comment comprendre que la taille d’un t-shirt anime plus que la disparition du grec et du latin ? Comment admettre qu’un vêtement nous conduise à dépenser tant de salive, alors que c’est un silence que l’on oppose à la diminution des heures d’enseignement d’histoire ? Quel risque derrière cette chair adolescente ? Quel inconcevable sexisme doit-on encore supporter ? Le savoir permet précisément de faire face aux contextes, d’en comprendre les enjeux, d’en bousculer les conventions stériles, et de se sentir à une juste place quel que soit le lieu. Je n’ai d’autre ambition que d’apprendre à mes élèves à respecter quand il le faut et à désobéir quand on le doit. Le reste est anecdote. A toutes les jeunes filles qui illuminent mes classes, je vous souhaite simplement un costume à votre hauteur.

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