• Marie Robert

Ceci n’est pas l’Atlantide.


Ceci n’est pas l’Atlantide. D’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours aimé l’Histoire. Comme si la connaître donnait accès à d’autres vies que la mienne et permettait au temps de devenir infini. Et il y a ces questions qui n’ont jamais cessé de revenir : qu’est-ce qui nous distingue des autres ? Qu’est-ce qui nous différencie des civilisations enfouies ? Il y a plus que quinze ans, je suis tombée sur un texte de P. Valéry, La crise de l’esprit, je l’ai relu des dizaines de fois et je suis émue de le partager ici : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Nous avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d’empires coulés à pic avec tous leurs hommes et tous leurs engins ; descendus au fond inexplorable des siècles avec leurs dieux et leurs lois, leurs académies et leurs sciences pures et appliquées, avec leurs grammaires, leurs dictionnaires, leurs classiques, leurs romantiques et leurs symbolistes, leurs critiques et les critiques de leurs critiques. Nous savions bien que toute la terre apparente est faite de cendres, que la cendre signifie quelque chose. Nous apercevions à travers l’épaisseur de l’histoire les fantômes d’immenses navires qui furent chargés de richesse et d’esprit. Nous ne pouvions pas les compter. Mais ces naufrages, après tout, n’étaient pas notre affaire ». Pas notre affaire. Le voilà le joli dédain qui protège. Pourtant, le passé ne nous fait pas la morale. Il nous soumet des hypothèses. Il nous tend des interrogations. Quelles erreurs voulons-nous reproduire ? Quelles répétitions sommes-nous prêts à accepter ? Quelles ruptures nécessaires ? Quels prestiges et quels drames ? Ce ne sont pas des demandes vagues et vaines. Ces questions s’adressent à chacun de nous. Notre société n’est rien d’autre que la somme de ceux qui la composent. De tous ces yeux qui ce matin se poseront sur ces mots. Dans mon podcast du jour, je propose une plongée dans le 20e siècle. Dans un fragment d’Empire disparu. Et nous alors ? Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Qu’allons-nous faire du temps qui reste ? Je vous souhaite d’heureux sauvetages. #Bonjour @martabevacqua

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