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  • Marie Robert

Ceci n'est pas immédiat.

Ceci n’est pas immédiat. Il n’y a pas longtemps, une amie à moi m’a parlée d’une personne qu’elle connaissait bien et qui l’année dernière, avait eu un cancer. Elle était en rémission, avait retrouvé sa santé, pourtant quelque chose chez elle n’allait pas, comme si le puzzle de son existence ne s’assemblait plus. Un jour, alors qu’elles allaient faire des courses ensemble au supermarché, la femme en question s’est arrêtée et lui a dit : « Je ne sais plus quoi acheter ». J’avais déjà ce genre d’image en tête, une image vue dans un film où un vétéran de la guerre en Irak traverse une crise existentielle devant le rayon des céréales pour le petit-déjeuner. Je suis bouleversée par ce type de scènes, parce que je crois que dans leur absurdité et dans leur pudeur, elles racontent précisément ce qu’est un traumatisme. C’est une déflagration qui vient semer la tempête jusque dans les plus petits interstices de notre identité. Car voilà tout l’enjeu, bien plus souvent qu’on ne le pense on se remet des choses, mais la question est de savoir de quelle façon. Ce qu’il y a de vertigineux dans un choc, dans une rupture, dans un deuil, dans une maladie, c’est qu’au-delà du déchirement que ces coups supposent, une fois qu’on s’en sort, une fois que la tempête est passée, il faut tout réapprendre. On avance à tâtons, on chancelle, et faire des courses devient une épreuve psychanalytique où la perte s’exprime dans des rayons devenus anonymes. Qui sommes-nous dans « l’après » ? Qui voulons-nous être ? Qu’est-ce qui a tellement bougé qu’on ne reconnaît plus rien ? Trouver des réponses à ces questions prend du temps. Au même titre qu’on ne fait pas connaissance avec quelqu’un en un claquement de doigts, on ne redéfinit pas son identité en une semaine. Et c’est peut-être en se laissant guider par nos sens qu’on retrouve le chemin vers nous-même : « Je veux m’émouvoir des petites choses. Comme de marcher pieds nus sur le sable. D’un cornet de glace. D’une douche froide l’été. D’un graffiti coloré sur un mur sale. D’une musique inconnue. (…) Je veux m’émouvoir de toutes ces petites choses. Ne pas les laisser filer » - E. Nevo. Je vous souhaite de savoir quoi manger. #Bonjour



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