• Marie Robert

Ceci n’est pas honteux.


Il y a ce père qui demande si souvent des rendez-vous le lundi matin. Le plus tôt possible, ou du moins, aussi tôt que la politesse le lui permet. Il ressemble à ces personnages d’adultes chez Sempé qui portent des costumes gris et tiennent des attaché-cases au bout de leur main. Il est pressé, le fait remarquer, mais pourtant, il prend le temps de s’impliquer, de s’engager, car il est poussé par un seul objectif, qu’il me répète en articulant consciencieusement pour que les mots m’imprègnent et que j’en mesure leur importance. Son fils dit-il, doit être un peu « secoué » et « sortir de sa zone de confort ». La célèbre zone de confort. Combien de fois avons-nous été soumis à cette expression au cours de notre vie ? Sur nos bulletins scolaires. En faisant du sport. Lors d’un entretien professionnel. Ce père n’est pas le seul à penser que derrière cette zone, dans laquelle nous naviguons avec fluidité, se dissimule la clé de la réussite. Et qu’en franchissant les frontières de ce qui doit ressembler à notre flemme, nous allons pouvoir atteindre une meilleure version de nous-mêmes. Je m’interroge sur cette conception qui fait de l’inconfort un bienfait, le signe que l’on doit se faire mal pour viser le bien. Je ne suis pas étrangère au travail, encore moins à l’effort. Cependant, à l’idée de brusquer, je préfère celle de comprendre, de donner du sens à nos apprentissages, à nos pratiques, à nos carrières. S’entrainer pour être à l’aise. Non pas courir après une vaine idée de succès, mais saisir sous quelles modalités on pourrait devenir un peu plus fier de nous-mêmes, un peu plus doux à l’égard de notre personne. J’aimerais dire à ce papa que mon ambition ne consiste pas à réduire les zones de confort, mais plutôt à les étendre, à agrandir cet espace dans lequel nous sommes capable de respirer avec régularité, quoiqu’il arrive. Je vous souhaite un lundi d’aisance.

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