• Marie Robert

Ceci n’est pas héroïque.


Ceci n’est pas héroïque. Il y a quelques jours, j’ai lu un article expliquant que les soignants, les enseignants et les mères célibataires avaient un point commun : c’est qu’ils étaient tous des « héros ». Il s’avère que j’ai longtemps travaillé sur la notion d’héroïsme et sur l’idée valorisante d’être une figure supérieure aux autres humains, un demi-dieu se distinguant par sa force de caractère, par sa grandeur d'âme, par sa capacité à faire preuve des plus hautes vertus. Avouons qu’il y a quelque chose de tentant dans tout cela. Notre histoire littéraire est remplie d’héros, et de quelques d’héroïnes admirables, qui bravent les mers et les interdits, qui affrontent des dragons et des fantômes, qui viennent au secours des princes et des villageois. Et même, s’ils le font parfois au péril de leur vie, les héros savent que d’une manière ou d’une autre, ils finiront, même morts, couverts de louanges et d’honneur. Ils deviendront des modèles, inspirant les enfants et laissant les adultes prendre la mesure de leur courage inouï. Or, est-ce le cas des soignants, des enseignants et des mères célibataires ? En croise-t-on souvent dans les livres ? Je ne crois pas. Alors que disons-nous lorsque nous employons ce terme ? On l’a beaucoup évoqué lors du premier confinement, en particulier pour les professions médicales. Parler de héros, c’est une manière de témoigner notre reconnaissance et c’est précieux. Ça l’est d’autant plus lorsque quelqu’un accomplit un travail d’importance vitale dans des conditions ardues. Mais pour autant, avons-nous envie de leur ressembler ? Est-ce que cela crée des vocations ? Loin de là, à l’inverse, après les applaudissements, nous détournons le regard car il est difficile d’observer longuement l’injustice et la galère. Et surtout, qualifier les soignants, les enseignants et les mères célibataires de héros, c’est non seulement nier la particularité de chaque situation, mais c’est surtout oublier combien ils ont besoin d’aide. On ne met pas des dragons à terre sans une équipe autour de soi. Ulysse a besoin d’Achille comme les soignants, les profs et les mères seules ont besoin de nous. Je vous souhaite de tendre la main. #Bonjour

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