• Marie Robert

Ceci n’est pas exotique.


Ceci n’est pas exotique. « Ce n’est pas qu’elle t’aime pas, c’est juste qu’elle a trop le seum ! ». Il y a quelque chose d’extraordinaire dans le langage, c’est de constater à quel point un petit mot, composé de quelques syllabes anodines, peut porter comme incroyables significations. « Le seum » vient d’un terme arabe, « sèmm », qui désigne littéralement « le venin ». On comprend assez facilement, qu’avoir le seum, évoque donc toutes les circonstances de nos vies où l’on ressent du dégoût, de la colère, une sorte de ras-le-bol qui s’immisce dans la chair, qui nous empoisonne, et qui irrite nos nerfs. Le « seum » impose une réflexion sur l’abattement, sur ces nouvelles qui nous rongent, sur ces pensées qui nous obsèdent. C’est une déception qui vient nous cueillir au réveil, c’est un inattendu qui déclenche notre rage. C’est la panne sur le bord d’autoroute qui stoppe toute perspective d’avancement. Mais il y a autre chose dans ce puissant poison, « le seum », est aussi une manière de désigner nos aigreurs, nos petites jalousies ordinaires. On a « le seum » parce que quelqu’un a quelque chose que nous voudrions, et que pourtant, nous n’avons pas. Terrible perspective qui renvoie à nos insécurités les plus profondes, à nos injustices d’enfance. On devient âpre, on aiguise notre mauvaise foi, on entraîne autrui dans nos justifications les plus mesquines. On prétend, on s’épuise, on agite notre courroux que l’on juge légitime. En somme, le venin nous envahit au point de faire de nous des vipères. Je crois que nous sommes tous, plus ou moins consciemment, passé par là. Alors que faire, ramper jusqu’à la terre, jusqu’à s’enfoncer dans le sable pour calmer notre frustration ? Peut-être avons-nous une autre option, celle de faire dialoguer les usages de l’arabe, et laisser le « seum » pour se fondre dans cet autre mot, le « keyif ». Accepter ce qui est, ce qui vient, reposer nos armes et jouir d’autres sensations. Le « seum » n’est qu’un instantané, à nous de le remplacer par une saveur, par une douceur, par une conscience qui profite de son plaisir au lieu d’envier celui des autres. Je vous souhaite de kiffer loin du seum. #Bonjour

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