• Marie Robert

Ceci n’est pas en règle



Ça surgit parfois au détour d’une réunion, en classe pendant une interro ou au beau milieu d’un entretien d’embauche. Cette sensation vertigineuse d’être à côté de la plaque, et surtout, de ne pas pouvoir répondre, comme il se doit, à ce que l’autre attend. Combien d’entre nous ont vécu ce moment où l’on saisit à quel point on diffère ? Philosophiquement, l’atypisme se définit comme une absence de conformisme relativement à un modèle que l’on prend comme référence. On sort du « normal », de l’habituel. On se distingue parce qu’on ne réfléchit pas de la même manière, parce qu’on a pas le même parcours, parce que les codes en présence ne sont pas les nôtres. Etre « atypique » est donc relatif, et n’existe qu’en vertu d’un contexte normé. L’enseignement, et mon itinéraire personnel, m’ont souvent conduit au cœur de « l’atypisme », dans le magma de cette lutte éreintante, qui consiste à sans cesse vouloir justifier de ce que l’on est et faire semblant d’être ce que l’on n’est pas. J’ai vu des élèves s’éteindre à force de vouloir rentrer dans le rang ou d’être stigmatisés socialement ou cognitivement. Mais quelque chose me trouble dans tout cela, car être atypique au fond, n’est rien d’autre qu’une manière d’interroger les modes de pensées et de représentations. Or, c’est en étant capable de questionner la norme qu’on peut la faire évoluer et avancer. L’atypisme n’est pas une vaine rébellion, encore moins une originalité cool, c’est bien une source intarissable de progrès. La clé d’une société qui ne va pas se scléroser dans une répétition de schémas stériles, ni se dissoudre dans l’entre-soi. Les chemins de traverse ont été ceux empruntés par les figures les plus admirables de notre société qu’elles soient politiques, entrepreneuriales, culturelles ou sportives. Je crois que si nous laissons parler nos envies profondes, nous sommes tous plus ou moins atypiques, et encore plus si nous cessons de recruter toujours les mêmes profils, de redouter la différence, et de définir des cursus prétendument « royaux ». Je vous souhaite, ainsi qu’à vos enfants, d’avoir le courage de votre atypisme, il est précieux.

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