• Marie Robert

Ceci n’est pas du temps perdu



Céleste Albaret est née en 1891 en Lozère. C’est seulement à 22 ans qu’elle sort pour la première fois de son village, afin de suivre son mari, Odilon Albaret devenu chauffeur de taxi à Paris. Elle ne se sent pas à sa place dans la capitale, et rêve de retrouver l’équilibre rassurant de la campagne. Odilon est rarement à la maison, mais un de ses clients réguliers, un certain Marcel Proust, lui propose d’engager sa femme pour porter des livres dédicacés à leur destinataire. C'est ainsi que Céleste commence à travailler pour le célèbre auteur en 1913. Lorsque la guerre éclate en 1914, Odilon est mobilisé, tout comme le valet de chambre de Proust. L’écrivain propose alors à Céleste de le remplacer et de s’installer chez lui au 102 boulevard Haussmann. Très vite, elle devient indispensable, cédant à ses moindres désirs, anticipant chacune de ses demandes, s’adaptant à sa créativité nocturne. Divine fée. Prisonnière volontaire du génie créateur. En pleine rédaction d’À la recherche du temps perdu, Proust est désespéré, il ne parvient pas à corriger son texte comme il veut, par manque d’émargement. Céleste lui propose de coller elle-même des petits bouts de papiers sur ses cahiers afin de permettre les modifications. Elle devient couturière des pages, et prête sa minutie aux différents ajustements. La santé de Proust se dégrade, certains jours, il n’est plus en mesure d’écrire et se contente de dicter ses phrases à Céleste. Bien plus qu’une assistante, elle se fond dans ses livres, et inspire les contours de plusieurs personnages. Elle veille sur lui jusqu’à sa mort en 1922. Bien des années plus tard, elle s’occupera de la maison de Maurice Ravel. Mais d’un joli sourire, teinté de nostalgie, elle confiera avoir parlé plus souvent de Proust que de Ravel aux visiteurs. Comment ne pas voir dans cette fille de la campagne donnant son souffle au plus admiré des écrivains français les prémisses d’un savoureux récit ? « À ma chère Céleste, à ma fidèle amie de huit années, mais en réalité si unie à ma pensée que je dirais plus vrai en l’appelant mon amie de toujours, ne pouvant plus imaginer que je ne l’ai pas toujours connue » - Proust.






2 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout