• Marie Robert

Ceci n’est pas de tout repos.


Je me demande ce que c’est de ne pas se poser de questions, de traverser les jours comme s’ils répondaient à une parfaite évidence, de trouver anodin, peut-être même normal, le fait d’aimer, de grandir, de vieillir, de déménager, de faire des enfants, de se séparer, de collaborer, d’enterrer des gens qu’on a connu vivants. Ça m’intrigue de comprendre de quelle manière on vit lorsqu’on sait avancer sans être saisit par un vertige métaphysique à chaque pas. Sans avoir le cœur qui palpite d’émotions, la gorge qui se serre d’angoisses, l’esprit qui ne sait plus à quelle analyse se vouer. Qu’est-ce que c’est d’enfiler l’existence comme une chemise parfaitement coupée ? De penser qu’on est légitime en permanence, que les choses nous sont dues, qu’on est exempt d’erreurs, de regrets, de maladresses ? Qu’est-ce que c’est de ne pas chanceler, de ne pas interroger, de ne pas perdre pied, ni demander pardon ? Je l’ignore. Et je crois qu’il est sans doute trop tard pour le découvrir. C’est éreintant de réfléchir, éreintant d’avoir une sensibilité exacerbée, et même si ça n’empêche pas d’agir, c’est parfois un gouffre qui nous condamne à l’exigence, au souffle coupé et au ventre noué. Pourtant, malgré tout cela, il y a quelque chose de noble dans l’introspection. Car c’est certainement là que réside la liberté. Trouver en soi les clés du mouvement. Aller regarder profondément et ne pas redouter ce qu’on va y découvrir. Faire de la complexité le seul horizon du possible. « Je veux dire qu’il ne faut pas lâcher-prise, il faut aller jusqu’au bout. Je me rappelle que c’était le premier conseil que j’ai dû recevoir de mon maitre quand j’étais en classe de philosophie. Il me disait de ne pas avoir peur, d’aller droit toujours à la difficulté, à ce qui vous embarrasse le plus. Ne pas contourner l’obstacle, l’aborder de front et ne pas lâcher-prise. » - Ricoeur. Je vous souhaite une journée de fougueuses questions.

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