• Marie Robert

Ceci n’est pas définitif.


Ceci n’est pas définitif. « On fête toujours Noël comme ça ». La fin d’année est plus que jamais la période des « toujours », celles des traditions qu’il s’agit de perpétuer parce qu’elles nous rassurent, qu’elles nous relient, et qu’elles sont un point d’ancrage dans le chaos du temps. Un précieux repère dans ce monde qui, ces derniers temps, semble vouloir nous livrer des scénarios insensés. Qu’on soit croyant ou non, à deux ou quinze, qu’on aille au resto chinois ou qu’on fabrique des sablés à la cannelle, la tradition est émouvante parce qu’elle est une résistance à l’effacement, à l’oubli, à la consommation. Elle est une « adhérence », elle nous évite d’être flottant en nous situant quelque part, en nous donnant la sensation merveilleuse d’appartenir à un couple, une famille, une tribu, une bande, une civilisation. Elle se transmet de siècle en siècle, et cette transmission finit par être éternité. Je viens d’une toute petite famille, et pourtant, nous sommes nombreux à table, car par la parole et par le lien, nous faisons exister ceux qui ne sont plus. Quel luxe prodigieux d’imaginer qu’on a accès à cet espace-là. Mais ce matin, je pense aussi à tous ceux que la tradition étouffe, à tous ceux que Noël angoisse, à ceux qui à table, se sentiront incompris, humiliés, méprisés, bafoués, à ceux qui, en vertu de ce fameux « toujours », devront entendre les mêmes propos fumeux d’un grand oncle se permettant de juger leur vie, les mêmes inepties d’une cousine pensant que ses idéaux méritent une grande écoute. J’ai une empathie infinie à l’égard de ceux pour qui la tradition est un enfermement. Car une « adhérence » n’est pas seulement un repère, c’est aussi une cicatrice, une douleur qu’on ravive. Alors je me demande : que veut-on perpétuer et pourquoi ? Si une tradition devient souffrance, alors elle perd la lumière contenue dans sa transmission. Ce n’est pas facile de réinventer son univers, de renoncer à donner la réplique, mais c’est la seule manière, pour qu’un jour, on attende avec joie des traditions qui sont les nôtres. Je vous souhaite le courage de vous lever de table ou plutôt, celui de dresser la vôtre. #Bonjour

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