• Marie Robert

Ceci n’est pas bien grave.


Ceci n’est pas bien grave. Quelle est la dernière fois que vous vous êtes senti ridicule ? Ou pire encore, la dernière fois que vous avez redouté de l’être ? Le ridicule s’immisce dans des dizaines de situations : c’est la réponse à côté de la plaque, la grimace sur la photo, la réaction qu’on regrette aussitôt, la référence absente qui nous fait nous sentir bête, la tenue complètement hors ton, la réplique gênante, ou la blague de trop. On rougit. On patauge. On voudrait disparaître dans nos vêtements. Et surtout, on se prend en plein visage notre décalage avec le monde. Les adolescents avouent facilement que la peur du ridicule est si vive, qu’elle conditionne bons nombres de leurs attitudes, mais je crois que si nous sommes un tant soit peu honnête, c’est aussi le cas pour nous. Chez certains, cette appréhension est vite évacuée, chez d’autres, elle frôle la phobie. Car au fond, nous « risquons » toujours le ridicule. Et si cette peur est universelle, elle est amplifiée par l’idée très répandue, d’un moi fort, d’un moi aligné, d’un moi qui sait où se mettre. Nous projetons sur les autres notre propre exigence, notre passion pour la moquerie, et notre conviction que la solidité passe par la dignité. Mais sommes-nous indigne d’être autre chose que lisse ? Quel est l’enjeu si les autres rient de nous ? En quoi est-ce grave ? Est-ce la peur du rejet ? Mais veut-on appartenir à une société qui ricane ? Je n’en sais rien. Je sais juste que le ridicule me touche, sans doute parce que je le suis souvent et que je ne peux pas lutter. Un jour, alors que je m’apprêtais à donner un cours en amphi, je suis tombée dans l’allée, ce qui m’arrive souvent. J’ai quasiment roulé jusqu’à l’estrade, devant 180 élèves. Les premières secondes je me suis demandée comment j’allais pouvoir être respectée et prétendre à une quelconque crédibilité après ça. Et puis aussi simpliste soit-il, j’ai réalisé que la meilleure leçon que je puisse leur transmettre était d’en rire et de leur montrer le panache du ridicule. Peut-être le seul adage qui tienne : « Sept fois à terre, huit fois debout ». Je vous souhaite d’aimer votre ridicule. #Bonjour

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