• Marie Robert

Ceci n’est pas à fuir.


Ceci n’est pas à fuir. « T’es un peu tendue ce matin non ? ». La question impose sa réponse. Mais n'y-a-t'il que moi ? Ou sommes-nous tous « tendus » ? Par le bruit de stylo quatre couleurs qui ne cesse de s’enclencher. Par les pas des voisins qui retentissent jusqu’au plafond. Par l’ordinateur qui refuse de se connecter ou par les sollicitations incessantes de nos enfants. Être tendu, au fond, résulte de l’impression de ne pas avoir une seule minute pour souffler et d’avoir les nerfs au plus près de la peau. Dans ce troisième round de confinement, les lueurs du jour flirtent avec notre irritabilité. De quoi s’agit-il au juste ? L’irritabilité est un petit agacement qui renvoie toute forme de contact aux frontières de l’insupportable. Elle est moins grandiose que la colère, plus discrète que le chagrin. On s’énerve, on s’agite, on répond avec impatience. L’irritabilité aurait quelque chose à voir avec notre système nerveux, et il suffirait d’un mince effort pour la rendre contrôlable. Au XIXeme, les médecins de l’époque victorienne l’envisageaient comme une marque de faiblesse qu’ils attribuaient à l’hypersensibilité propre « aux femmes, aux alcooliques, aux artistes, aux dandys et aux fous ». Il faut croire que nous appartenons tous à l’une de ces catégories. Alors, sommes-nous juste de pauvres âmes incapables de faire face aux assauts du quotidien ? Notre irritabilité n’est-elle pas plutôt l’expression d’un autre sentiment ? Et s’il s’agissait simplement d’une façon de laisser jaillir notre vulnérabilité ? Une manière, maladroite peut-être, de révéler notre besoin de faire une pause, de souffler, de crier, de pleurer, de nous assoupir. Mais surtout, de laisser aller le flot des vagues qui nous submerge. Ne pas résister, ne pas bien faire, ne pas être admirable. Soudain, l’irritabilité se transformerait en courage, celui d'être nu, les nerfs à vif, le cœur ouvert. Prêt à l’indulgence, si nécessaire à nos vies. « Nous sommes entraînés par le torrent des choses et ces choses nous sont devenus si familières que nous n’apercevons pas leur ombre. Nous flottons sur la surface du fleuve » - Virgnia Woolf. Je vous souhaite de vous arrêter un instant. #Bonjour

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