• Marie Robert

Ceci n’est pas à fuir



C’est un bruit de stylo quatre couleurs qui ne cesse de s’enclencher. Ce sont les pas des voisins qui retentissent jusqu’au plafond. C’est l’ordinateur qui refuse de se connecter ou les sollicitions incessantes de nos enfants. C’est l’impression de ne pas avoir une seule minute pour souffler. L’irritabilité. Ce petit agacement qui renvoie toute forme de contact aux frontières de l’insupportable. Moins grandiose que la colère, plus discrète que le chagrin. On s’énerve, on s’agite, on répond avec impatience. L’irritabilité aurait quelque chose à voir avec notre système nerveux, et il suffirait d’un mince effort pour la rendre contrôlable. Au 19e, les joyeux médecins de l’époque victorienne l’envisageaient comme une marque de faiblesse qu’ils attribuaient à l’hypersensibilité propre « aux femmes, aux alcooliques, aux artistes, aux dandys et aux fous ». Il faut croire que nous appartenons tous à l’une de ces catégories. Alors, sommes-nous juste de pauvres âmes incapables de faire face aux assauts du quotidien ? Notre irritabilité n’est-elle pas plutôt l’expression d’un autre sentiment ? Et s’il s’agissait simplement d’une façon de laisser jaillir notre vulnérabilité ? Une manière, maladroite peut-être, de révéler notre besoin de faire une pause, de souffler, de crier, de pleurer, de nous assoupir. Mais surtout, de laisser aller le flot des vagues qui nous submerge. Ne pas résister, ne pas bien faire, ne pas être admirable. Soudain, l’irritabilité se transformerait en courage, celui, d’être nu, les nerfs à vif, le cœur ouvert. Prêt à l’indulgence, si nécessaire à nos vies.

1 vue0 commentaire

Posts récents

Voir tout