• Marie Robert

Ceci n’est pas à craindre.




Ceci n’est pas à craindre. Il y a deux jours, à quelqu’un par ici m’a écrit un message qui m’a ému, il y avait dans cette missive, une question qui m’a particulièrement interpellée : « Faut-il vraiment passer par la crise d’adolescence ? ». Depuis des années maintenant, en tout cas depuis que j’enseigne, je crois pouvoir dire que l’adolescence est l’une des périodes qui me fascine le plus. Donner un cours à des ados, c’est accepter de se montrer nu, sans rempart, sans barrière, sans possibilité de s’enfuir. C’est être face à l’ébullition, pour le meilleur et le pire. C’est se prendre en plein visage l’ennui, l’insolence, le désordre, l’exigence, le besoin infini de cohérence et d’absolu. Et sans faire de généralité, il me semble qu’on peut facilement estimer, qu’il s’agit bien d’un moment où l’on apprend à dessiner ses contours, où l’on explore, où l’on questionne, où l’on s’affranchit d’un cadre qui nous précède. Et comme toutes les phases de notre existence qui supposent un changement, une réorganisation, un ajustement, c’est parfois houleux, angoissant, vertigineux, et même violent. Mais ça passe, car le propre d’une crise, c’est de n’être qu’un « passage », ce qui littéralement sépare deux moments du temps. La crise condamne un avant pour élire un après. Et l’on construit et l’on déconstruit continuellement. Les Grecs nommaient les hommes « les mortels » et les enfants « les nouveaux ». Il fallait que chaque nouveau soit intégré à un monde plus vieux que lui, un monde fragilisé qu’il puisse renouveler. Ainsi va la crise. Selon Hannah Arendt, l’éducation sert précisément à conserver chez les nouveaux venus, cette capacité à innover et à « remettre en place le monde ». La crise, et pas seulement d’adolescence, n’est donc pas un châtiment, elle est une rupture au sein d’un processus, mais elle est aussi ce qui renouvelle et permet d’avancer. Je me méfie des étapes figées et des clichés que l’on attribue aux âges, mais j’aimerais dire de tout mon cœur à cette maman, que rien, non rien n’est à craindre, et que ce moment passera comme les autres, apportant avec lui une nouvelle lumière. Je vous souhaite d’avoir confiance en vos crises. #Bonjour@tendancesdemode

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