• Marie Robert

Ceci n'es pas qu'une injonction.

Ceci n’est pas qu’une injonction. Je ne sais pas exactement à quel âge, ni de quelle façon on apprend à se relever lorsqu’on tombe. Bien sûr je me souviens des égratignures de l’enfance et des genoux râpés par les découvertes de la vie. Je me souviens surtout que lorsque je me blessais, mes parents ne me disaient jamais : « ce n’est pas grave », au contraire, ils prenaient toujours un temps pour considérer mon chagrin. Et peut-être est-ce ainsi que j’ai construit mon endurance, que j’ai appris à me relever et à recommencer des centaines de fois. Grâce à eux, je me suis toujours sentie écoutée dans ma peine. Et c’est précisément parce qu’elle était entendue que je pouvais aller de l’avant. Cette idée de se relever et rebondir est au cœur de la notion de « résilience ». Depuis une vingtaine d’années, et plus encore depuis la crise sanitaire, le terme de « résilience » est apparu dans le langage commun, il est devenu un titre de presse, un mot courant, une évidence à opposer à tous nos drames. On parle de résilience pour des individus traumatisés, de résilience pour une société fragilisée, ou de résilience économique pour une consommation en berne. La résilience est devenue la seule réponse possible à nos souffrances et semble exprimer ce que Samuel Beckett évoquait dans son texte Fin de partie : « Je ne peux pas continuer, je vais continuer ». Ce serait donc une étape, un poste frontière, pour continuer. Mais continuer quoi ? Et à quel prix ? L’abus du terme de résilience conduit à gommer le négatif, en cherchant à tout positiver. Or, la peur et la colère, avec ce qu’ils contiennent de refus et d’espoir, font partie de la vie. C’est parce qu’on a affronté, décortiqué, analysé, pleuré, enragé, qu’on trouve les ressources pour dépasser et pour faire autrement, pour se créer à nouveau. La résilience n’est pas un consommable, mais un long chemin, qui engage notre lucidité, notre force, notre éthique, notre espoir, notre patience. Ce sont toutes ces notions que j’avais envie d’aborder dans le nouvel épisode de mon podcast qui sort aujourd’hui. Je nous souhaite d’écouter nos larmes pour mieux construire nos joies. #Bonjour Credit : @katebarry


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