• Marie Robert

Ceci n’a pas besoin d’être prononcé.


Ceci n’a pas besoin d’être prononcé. C’est un regard. Celui qu’échange deux personnes, chacune espérant que celle d’en face prenne l’initiative d’agir. L’une et l’autre souhaitent la même chose, pourtant personne n’a suffisamment d’audace pour franchir le cap vertigineux du « premier pas ». Tout un monde se dessine dans cette expression. Combien de premier pas avons-nous osé faire ? A combien de premiers pas avons-nous renoncé ? Il y a quelque chose de saisissant dans cette attente, dans ces minutes suspendues où tout est encore possible. En Yagan, une langue amérindienne, cet instant immobile où les âmes dialoguent en silence : « Mamihlapinatapai ». Le Yagan est parlé par un peuple que l’on retrouve au Chili et en Terre de feu. Intraduisible, il est souvent mis en avant pour sa singularité. Le mot est formé du préfixe « ma- » et de la racine « ihlapi- », qui signifie « être dans l'impasse de ce qu'il y a à faire après ». Mais plus que sa composition linguistique, ce qui touche dans ce curieux terme, c’est son universalité. Car qui n’a pas déjà vécu ces secondes confuses au moins une fois dans sa vie ? Face à autrui, dans cette paralysie, pétrifié à l’idée d’assumer notre désir, nous sommes tous des yagan. Le vécu émotionnel dépasse les dictionnaires, il crée des traductions invisibles, met en exergue une bouleversante transversalité. Alors la prochaine fois que nous n’oserons pas agir, que nous n’oserons pas exprimer notre envie, pensons aux amérindiens et rappelons-nous que celui en face est dans un état semblable au nôtre. Et pour nous donner le courage d'agir, songeons que les regrets sont plus faciles à traduire mais plus douloureux aussi. Je vous souhaite une journée d’occasions saisies. #Bonjour Credit : @armi.here

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