• Marie Robert

Ceci m’appartient



J’ai écrit ces mots il y a un an, mais leur actualité est toujours aussi vive. « Ce matin, pour la 3ème fois de la semaine, la 50ème fois du mois, la 1002ème fois de l’année, quelqu’un m’a demandé si j’étais mère, et a livré un silence étonné face à la négation de ma réponse. Car oui, après tout, quoi de plus normal, basique et simple que cette impérieuse demande. J’ai 33 ans, largement l’âge d’avoir procréé. Alors que se passe-t-il ? Soudain, dans l’esprit de l’interlocuteur se dessine un curieux jeu de pistes. Est-ce à dire que je n’aime pas les chères têtes blondes ? Que je suis stérile ? Que j’ai lancé une procédure d’adoption non aboutie ? Que c’est une posture idéologique ? Que j’ai une faille dans mon passé ? Que je suis carriériste ? Les interprétations se mêlent et se confondent dans le chaos de la psychologie et de la sociologie. Il faut à tout prix saisir cet écueil, cette singularité, ce pied de nez à la norme. Parfois, au lieu d’un simple « non », j’ai envie de répondre n’importe quoi. Et puis à d’autres moments, j’ai envie de dire la vérité, dans ce qu’elle a de plus intime et métaphysique. Mais est-ce que les gens qui me le demandent sont prêts à accueillir la réponse ? Non, ce n’est pas « normal » d’avoir des enfants. C’est tout sauf limpide de fabriquer de êtres, de donner vie, d’aimer, de chérir, d’élever sans projeter, de construire, d’accompagner, de respecter. C’est un miracle que celui de l’existence. C’est au-delà du naturel, au delà de la responsabilité, ça mérite mille questions qui, sans doute, ne trouvent pas plus de réponses que celles de la philosophie, mais dont la nécessité construit nos chemins de vie. Je n’ai pas d’enfants, certes, mais mes élèves sont des passerelles, je leur donne tout ce que je possède, à travers eux, chaque jour j’apprivoise l’existence, je m’affine, je me construis, je fais fructifier l’amour. La suite ? Je l’ignore. Mais elle sera celle que j’ai envie de dessiner ».

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