• Marie Robert

Ceci mérite un autre éclairage



Il y a cet instant singulier, en plein milieu d’un dîner, d’une réunion, d’une salle de classe, où les regards se tournent vers notre personne, qui se retrouve soudain sous les projecteurs : « Et toi tu en penses quoi de tout ça ? ». L’auditoire funambule est suspendu à notre bouche. Epreuve du feu. Les joues s’échauffent, la parole devient nébuleuse, elle trébuche sur les parois de notre logique. Il faut à tout prix trouver le bon mot, la formule qui fait mouche, la réplique qui suscitera le rire, l’émoi, le souvenir. Se faire remarquer pour surtout ne pas faire défaut. Ne pas décevoir. On tente ce que l’on peut. Certains paradent ou mentent, tandis que d’autres hésitent à tel point que leur tour est déjà passé. Et dans nos têtes, ce monologue obsédant, cette voix pernicieuse qui nous murmure que nous aurions dû dire ceci, au lieu de cela, que nous avions l’air idiot, inepte, ridicule. On se juge, on s’en veut de n’être pas assez cultivé ou trop bavard. Quelle est cette mise en scène sociale qui oppresse notre raisonnement ? Ce jeu de langage qui nous panique et nous contraint à des échanges artificiels ? Et si nous osions ? Et si nous flirtions avec le « je ne sais pas », le « ça m’indiffère » ou le « je pense à autre chose, veux-tu que je te dise à quoi ? ». Que se passerait-il ? Y-a-t’il risque plus grand, plus éreintant, que d’enchaîner des discussions qui n’en sont pas ? Je vous souhaite un lundi de réponses sincères et de dialogues qui ne se laissent pas emporter par le vent.

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