• Marie Robert

Ceci est une vraie question



Dont la réponse appelle souvent une étrange comptabilité. « J’ai fait 27 longueurs de piscine », « J’ai lu 3 livres », « Il a dormi 7h22 », « On mange dans une demi-heure », « J’ai 24 textos en attente », « Hier, on a médité 15 minutes », « Je vais faire 2 expos demain ». La liste est longue sous le parasol. Des données chiffrées comme autant d’indicateurs de notre performance, de notre bonne note sur l’échelle de la réussite sociale. Vertige d’une vie qui se consomme. Mesurer, calculer, chronométrer, cocher, planifier, faire de ses loisirs une annexe de son travail où le temps doit se matérialiser. A la clé, l’angoisse de le voir passer vite, trop vite, la peur permanente de ne pas assurer, de ne pas être suffisamment rapide, suffisamment apte à la compétition. Mais aux chiffres, je préfère les mots. Ceux qui racontent le vécu, l’émotion, la sensation, l’intimité. Pour Henri Bergson, il y a d’un côté, le temps scientifique et de l’autre, la durée de la conscience. Le temps est mesurable, alors que la durée est subjective, relative à celui qui la vit. Le temps est extérieur à l’homme, la durée se joue dans les profondeurs de l’être. C’est la durée qui nous laisse orphelin de ces vacances si promptement transformées en rentrée. C’est aussi la durée qui fait de cette réunion ou de ce cours une interminable randonnée. La durée est la manière dont nous habitons les jours, le temps véritable qui ne cède à aucun numéro. Alors peut-être est-il l'heure de ranger nos montres et de nous laisser traverser par la vie… Tiens d’ailleurs, comment ça va ?

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