• Marie Robert

Ceci est une voix



Qu’est-ce qui est coincé là, juste là, au travers de cette gorge qui se débat ? Quels sont ces mots qui brûlent notre langue ? Qu’est-ce qui nous maintient dans cette nuit silencieuse ? Philosopher, ce n’est pas seulement penser, c’est aussi « oser dire ». C’est l’exigence de la parole qui se libère. L’enjeu n’est pas de dénoncer, encore moins de provoquer. Mais plutôt de permettre à nos dires d’aller à l’encontre de l’opinion, du conformisme, de la simplicité, des craintes, des clichés, des habitudes. De tout ce qui nous enferme. Philosopher, c’est « oser dire » face au pouvoir, face aux puissants, face aux tabous, face à la pudeur, face à la médiocrité. François Jullien, spécialiste de la pensée grecque et asiatique, nous rappelle que le philosophe est celui qui a l’insolence du verbe : « Philosopher, c’est parler. Et parler, c’est dire. Il n’y a pas de philosophie silencieuse. Le sage affronte l’exigence de parler pour dire quelque chose ». Philosophes, nous le sommes tous, dès lors que notre langage cesse d’être bavardage, pour porter au plus haut point cette parole qui a « quelque chose à dire », et qui ose dire ce qui n’a jamais été dit. Elle existe en chacun de nous. Ce n’est pas une parole qui méprise, juge ou colporte, mais c’est celle qui contient notre âme. Enjambons nos réticences, plongeons dans les vagues qui agitent nos profondeurs. N’ayons pas peur de ce qui ressortira sur le rivage. Un mot d’amour, de souffrance, de désaccord, un souvenir, un besoin, une envie, une conviction, un rêve. Honorons le dire. Celui qui nous confirme, qui nous aligne. Celui qui, d’un timbre calme et clair, nous illumine.

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