• Marie Robert

Ceci est une vitre.


Vérifié

Ceci est une vitre. C’est fou le temps qu’on passe à s’abîmer et à s’en vouloir. C’est prodigieux les années qu’on use à imaginer ce qu'attendent de nous nos parents, nos professeurs, nos amis, nos collègues. C’est troublant toutes les heures passées à vouloir satisfaire leurs espérances, sans même qu’ils les aient un jour formulées. La présence d'autrui se révèle indispensable pour nous construire. Comme le souligne, Jean-Paul Sartre, autrui joue le rôle d'un miroir dans lequel on se contemple, pour le meilleur et pour le pire. Dans l’Existentialisme est un humanisme, il écrit : « Pour obtenir une vérité quelconque sur moi, il faut que je passe par l'autre ». Nos proches sont des figures privilégiées de cette connaissance de nous-mêmes à travers l’autre. L’ami par exemple, à une place décisive, bienveillant à notre égard, il est celui qui, nous connaissant parfaitement, nous aide à mieux nous connaître nous-même. Il nous encourage, nous soutient, nous aiguille, nous fait oser, là où on aurait tendance à reculer en doutant de nos capacités. Mais avouons aussi que l’importance donnée à cette présence peut devenir aliénante, la source de toutes nos peurs, de tous nos empêchements. La peur de décevoir s’immisce dans nos liens. On est pétrifié à l’idée que l’image dans le miroir ne soit pas celle attendue par celui qui nous le tend. Cependant une question se pose : est-ce que les autres attendent réellement quelque chose de nous ? Et si oui, quoi ? Le savons-nous vraiment ? On envisage, on interprète, on construit des narrations sans fin. « Mes parents ont toujours voulu que je fasse des études », « Ma copine me demande d’être fort », « Mon frère a besoin que je le fasse rire », etc. Les constructions nous étouffent et finissent par être si lourdes qu’elles nous font ployer sous le poids de la responsabilité. Que se passerait-il si au lieu d’un miroir, il y avait une vitre ? Que se passerait-il si on se regardait enfin dans les yeux ? Si on arrivait sans projection, ni implicite, mais qu’on se regardait les yeux dans les yeux, dans la sublime évidence de notre nudité ? Je vous souhaite d’être, c'est je crois, la plus suffisante des ambitions. #Bonjour

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