• Marie Robert

Ceci est une urgence.


Ceci est une urgence. La semaine dernière, j’ai fait un atelier philosophie avec les enfants de primaires. Le sujet choisi était « obéir et désobéir ». Les premières minutes, les échanges ont mis en lumière une évidence : « Lorsqu’on est petit, on reçoit beaucoup d’ordres. Toute la journée, on nous dit ce qu’on doit faire. Va au lit. Eteint la lumière. Laisse pas traîner ton sac dans le salon, ça n’arrête jamais ». Mais au lieu d’afficher leur frustration, j’ai été assez amusée de constater qu’une singulière forme de sagesse prenait le dessus. D’un commun accord, tous percevaient les « ordres » de leurs parents ou de leurs éducateurs comme une sorte de « mode d’emploi » du monde. Des recommandations répétées ayant pour seul but de ne pas les mettre en danger. Obéir était à leurs yeux une protection, un rempart, et c’est la raison pour laquelle les adultes aussi recevaient des ordres : « Bah oui Maman ne peut pas griller le feu rouge. Et mon cousin ne peut pas mettre la musique après minuit ». Nos mœurs sont régies par l’ambition d’une harmonie et il n’y a pas d’âge pour en prendre conscience. Pour vivre le plus en paix possible, éviter l’arbitraire et la violence, engendrés par la domination d’un groupe ou d’un individu imposant sa volonté en matière de justice, les hommes ont besoin de lois. C’est ainsi que nous résistons au chaos du monde. Et pourtant, avant même que je puisse m’en apercevoir, la discussion a pris soudain un autre tournant. Que faire des ordres avec lesquels nous ne sommes pas d’accord ? Que faire des ordres qui appellent à la tricherie, à la brutalité, à la mise en péril ? Que faire des ordres auxquels on cède par peur ou sous le joug de la menace ? « Un jour, un copain m’a obligé à arroser mon chat d’amour alors qu’il dormait profondément. Je l’ai fait parce que je flippais qu’il ne vienne plus chez moi. Mais je me suis senti trop mal ». Et voilà comment se construit l’histoire de nos sociétés lorsqu’on remplace par « les chats d’amour » toutes les autres formes de soumission forcée. En écoutant ce récit, mes yeux ont du mal à cacher mon émotion. Je nous souhaite d’apprendre à cette génération la juste désobéissance. #Bonjour@milk_magazine

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