• Marie Robert

Ceci est une traduction.

Ceci est une traduction. C’est fou le nombre de choses qu’on rate dans une journée. Je ne parle pas seulement des appels manqués qui parfois s’accumulent sur l’écran de notre téléphone, je parle de tout le reste. Tous ces plantages, plus ou moins importants, qui ponctuent notre existence. Ce calme, face à nos enfants que nous n’avons pas su, ni pu, garder. Ce dossier qu’on a planté. Cette séance de sport qu’on n’a pas honoré. Ces cheveux que nous n’avons pas réussi à dompter. Cette discussion à côté de laquelle nous sommes passés. Et puis, tout le reste. De nos grands désastres à nos infimes erreurs. Tragédies quotidiennes qui nous laissent hagards, tristes, déçus, ou simplement résignés. Que faire de ces imperfections qui nous renvoient à notre finitude ? Les accepter certes, mais comment ? Comment concilier notre besoin de réussite et notre volonté d’harmonie avec ce chaos du réel ? Il y a un concept japonais qui me touche énormément, celui de « wabi-sabi ». Maruta Shuko, le fondateur de la cérémonie du thé japonais, écrit ceci : « La lune n’est plaisante que lorsqu’elle est partiellement voilée par les nuages. Cette lune est préférable à la pleine lune, qui par un ciel nocturne dégagé, brille de mille feux ». Habillée par des cumulus, la lune gagne en relief, elle est moins figée, moins accessible, elle révèle toute son élégance et sa délicatesse. Elle laisse place à l’imagination et refuse de se donner d’un seul coup. En somme, le « wabi » est l’art du manque, de la carence, de la fissure qui intrigue. Il évoque la mélancolie, la dissymétrie, une forme de modestie. Mais le plus passionnant, est que le mot dialogue avec son double, le « sabi », qui lui, est l’éloge de la singularité, de la patine, de l’usure. Ce sont ces accrocs qui nous confèrent notre identité, qui racontent quelque chose de nous et nous rendent uniques. Ce double concept est au centre de la culture zen. Il nous fait comprendre que la réussite et la beauté ne résident pas dans la permanence, dans ce qui est lisse et immobile, encore moins dans l’effacement de nos cernes, mais bien au contraire, dans la beauté du mouvement que rien ne dompte. Je vous souhaite de célébrer vos ratés. #Bonjour


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