• Marie Robert

Ceci est une tempête.


Ceci est une tempête. Ça monte discrètement. Ça commence d’abord par un petit soupir d’agacement. Puis ça devient un commentaire frontal à propos d’un anodin : « Pourquoi tu l’as mis là ? Tu sais bien qu’on le range TOUJOURS dans le placard à gauche ». On cherche l’autre. Une griffe après l’autre. On le pousse dans ses retranchements. Et puisque ce n’est pas encore assez, on finit par créer les conditions de la dispute. Ça explose, comme les orages d’été dont on connait l’inéluctable destin. Le tonnerre gronde, les éclairs déchirent le ciel, et enfin, au climax de la rage, les gouttes de pluie éclatent de lourdeur sur le sol fumant. Quel étrange phénomène. Il surgit dans les couples, dans les fratries, dans les équipes. Ce n’est pas une opposition classique, c’est un conflit que l’on fabrique parce qu’on en a besoin. Mais qu’est-ce qui se joue au cœur de cette tension ? Je crois qu’il y a dans ces instants la volonté d’exprimer des émotions qui n’ont pas pu être verbalisées autrement. On devient irascible et chiant, on saccage notre territoire, pour la simple raison que la frustration s’est immiscée dans chacune de nos cellules. Nous n’avons pas reçu la considération espérée, pas plus que nous avons su la demander. L’envie de lien a laissé place au rejet. Alors quoi ? Est-ce juste une phase ? Un cycle naturel qui régit la vie en communauté ? Sans doute. Mais peut-être est-ce qu’il y a un autre chemin, et qu’on peut trouver un espace pour ensemble, regarder les nuages qui pointent. Peut-être qu’on peut stopper le flux insensé de nos tâches, se mettre face à face, et pointer du doigt ce qui oppresse, ce qui gratte, ce qui insupporte, ce qui manque. Ce n’est pas facile, car il n’a jamais été simple de se parler, d’affronter, de risquer le verbe, mais c’est aussi une immense preuve d’amour, car si on parle, c’est qu’on a pas encore rendu les armes. « Aimer nécessite de s'y consacrer entièrement. C'est comme se frayer un passage dans la jungle. On ne sait où aller au juste. Tous les jours, vous devez avancer à travers ce mur de végétation, tailler ici et là, revenir en arrière » - Salter. Je vous souhaite de ne pas attendre l’orage. #Bonjour Credit : Le grand bleu.

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