• Marie Robert

Ceci est une symphonie sur nos folies



Mais c’est aussi l’un de mes films favoris. « Une femme sous influence » de John Cassavetes raconte l’égarement de Mabel, mère de trois enfants et épouse dévouée, qui se sent terriblement seule malgré les efforts de son mari. Elle abuse de l'alcool et traverse d’insondables crises de démence. Il y aurait tellement à dire sur ce film, sur les oscars qu’il remporta, sur sa description du milieu ouvrier, sur la dialectique du couple qu’il propose. Mais c’est surtout l’interprétation de Gena Rowlands qui donne le vertige. Il est difficile de qualifier sa névrose qui n’est autre qu’un précipice. Un curieux mélange de lâcher prise, de paranoïa, d’anxiété chronique, mais aussi de rêverie, comme cette scène où elle semble hypnotisée par l’air du Lac des cygnes. Tout est bouillonnement incontrôlable. Que ce soit dans l’enthousiasme ou la colère, Mabel est sans limites. Chaque brèche ouverte l’engage entièrement. Elle se propulse, de tout son être, dans toutes les émotions qui la traversent, et perd à chaque fois le fil d’elle-même. De l’autre côté, l’éblouissant Nick, joué par Peter Falk, lui donne la réplique en tentant de maintenir une illusoire normalité. Se raccrocher aux artifices du sens commun. Qui est le plus fou des deux ? C’est un film difficile, mais ce n’est pas un film triste. Il nous conduit à regarder les rivages de l’aliénation et la manière dont elle se manifeste en chacun de nous. Une autre manière de ressentir le vivant.

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