• Marie Robert

Ceci est une suspension



Il y a toujours cette peur, cette peur de l’enfance. Celle de voir les heures du dimanche se distendre et ne conduire qu’à une inéluctable fin. Le matin s’étire, prometteur, dans l’arrogance d’un temps vierge de projet. Et puis, vient le midi qui s’agite et son déjeuner, remplit d’individus, de mouvements, d’une effervescence nécessaire, car il faut habiter cet instant qui joliment se chôme, le nourrir de ce que la semaine ne pourra nous offrir. Lorsque surgit le goûter, le crépuscule dessine déjà ces premiers rayons, l’esprit se projette dans les jours à venir, dans ce rythme trop souvent, corseté, encadré, contrarié. Le soir se manifeste plus tôt le dimanche, il nous rappelle aux réserves que nous devons engranger. Demain, il y a école. Et dans la pénombre, le cycle reprend sa ronde, son éternelle répétition d’aubes et d’agonies. Et si pour une fois, nous laissions en suspend notre immuable chorégraphie ? Et si nous vivions un dimanche qui n’achève, ni ne clôt, mais qui reste suspendu à nos rêves, à nos sensations, à notre désobéissance ? Ne pas prévoir, ne pas répondre, ne pas agir, ne pas redouter. Un temps d’arrêt dans la cadence du monde. Un temps de résistance à ce qui file sous nos paupières fermées.

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