• Marie Robert

Ceci est une source infinie.


Ceci est une source infinie. Il a cinq ans à peine. Mais depuis des dizaines de minutes sa concentration relève du sport extrême. Ses doigts tiennent le crayon avec fermeté, sa langue dépasse sur le côté de sa bouche, les couleurs tourbillonnent autour de la table, et jonglent entre ses mains. Il ne dessine pas, il s’engage totalement dans sa tâche. Et puis, au bout d’un moment, il finit par relever la tête, il contemple sa feuille, et satisfait, se dirige vers moi : « Là, vraiment, j’y ai mis tout mon cœur ». C’est un constat, presque un cri, dont l’expression provoque chez moi un sourire immédiat. Je regarde avec attention son cheval multicolore. Chaque millimètre de son épiderme frisonne de fierté. Mais il n’attend pas mon compliment, ni mon approbation, car il est déjà fier de lui, il sait qu’il est allé plus loin que ce qu’il envisageait. Combien de fois avons-nous ressenti cela ? Cet instant, où nous avons « tout donné », où nous avons mis dans un projet, dans une action, dans un plat, dans un mouvement, dans une réalisation, notre cœur, notre corps et notre âme ? Il existe un terme grec qui décrit cette ardeur pour ce que l’on crée, le « meraki », si bien définit ce mois-ci dans Philosophie Magazine : « Pratiquer le meraki, c’est s’investir complètement dans une œuvre, y laisser un peu de soi ». Il est précieux car il suppose notre adhésion, notre enthousiasme, nos efforts, ce n’est pas juste répondre à une demande extérieure, ni faire plaisir, ni cocher une case de notre « to do liste », c’est être aspiré par ce que nous façonnons. Ce n’est pas un banal objet du quotidien que nous nous contenterions d’utiliser comme moyen en vue d’une fin. C’est une forme d’extase. Et voilà que dans un contexte où nous cherchons le sens de nos métiers, de notre quotidien, et même de nos vies, le meraki devient un rêve, le fantasme d’une pleine présence. Sauf que pour le laisser nous envahir, il faut lui faire de la place, accepter de s’y consacrer entièrement comme si tout le reste pouvait attendre et mettre tout notre amour dans le creux de nos paumes. Je vous souhaite de sortir votre langue et vos crayons de couleur. #Bonjour

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